Marielle Cafafa, cheffe d’orchestre guadeloupéenne

Marielle Cafafa est une cheffe d’orchestre et musicienne érudite, hors norme. Elle est, en France, l’une des deux seules femmes noires à diriger un orchestre. Mais elle prévient d’emblée « il serait réducteur d’enfermer une musicienne à son statut de femme et à sa couleur de peau. Je ne suis pas seulement une femme noire, je suis plus que cela » prévient la cheffe d’orchestre. Et nous ne sommes pas surpris qu’elle nous dévoile son double parcours de musicienne.

Marielle Cafafa est agrégée de musique, a un Doctorat de Musicologie obtenu à l’Université Paris-Sorbonne. Au Conservatoire, elle est diplômée de la Haute École de Musique de Genève. Mais également du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. Un CV à faire pâlir tous les grands musiciens du siècle des Lumières.

 

Qui est Marielle Cafafa

Marielle Cafafa est originaire des Antilles. Née à Paris, elle a grandi en Guadeloupe au quartier Grand Camp avec sa grand-mère. Elle apprend très tôt le piano « à trois mois j’avais déjà un clavier sous les doigts » précise Marielle. La future cheffe d’orchestre, étudie à l’école de musique Armand Siobud à Pointe-à-Pitre. Elle aura comme professeur Jean-Michel Lesdel. Dans cette école de musique, Marielle Cafafa découvre le solfège et chante dans le « Karukean children’s choir ». Jodie Yemm, une chef d’orchestre australienne la dirigera dans le groupe « Karukean chamber choir ».

Marielle Cafafa une érudite

A 12 ans, la petite Marielle se prépare à quitter son île, son besoin d’étudier dans l’Hexagone, l’éloigne de ses petits frères. Elle a 14 ans quand elle débarque dans la capitale. Après le lycée et l’Université, la jeune fille entre au Conservatoire des 9è, 17è, 18è et 19è arrondissement de Paris. Elle est aussi inscrite alternativement au Conservatoire de Saint-Denis et de Bagnolet. Passionnée de langues c’est pourtant la musicologie qu’elle perfectionne. La jeune musicienne découvre « un vaste répertoire et chante dans l’ensemble médiéval dirigé par la chanteuse Katarina Livljanic ».

Marielle Cafafa connait le piano, la flûte traversière, le chant lyrique, la direction de choeur et la direction d’orchestre. Musicienne, mais pas seulement. La cheffe d’orchestre a dit-elle, étudié différentes disciplines d’érudition. L’histoire de la musique, l’organologie, l’iconographie musicale, l’acoustique musicale, l’ethnomusicologie.

Vendredi 19 février 2021 - Workshop à Paris

Aujourd’hui, elle comptabilise ses quinze années d’études et une image lui revient. Comme une prémonition, un destin sans doute déjà tracé. Marielle raconte : « J’avais dix ans. J’avais très envie de diriger l’ensemble de flûte à bec de mon école mais je n’osais pas me proposer. Un autre èlève l’a fait mais l’expérience n’était pas concluante. Du coup, j’ai été désignée par mes camarades et mon instituteur. J’en étais très heureuse. Tout s’est très bien passé, du premier coup. À l’époque, je dirigeais avec une « baguette ». Ma baguette n’était autre que l’écouvillon qui servait à nettoyer ma flûte ».

Mais si cette assurance cache une certaine timidité, elle a permis à Marielle Cafafa d’affronter les tabous. Rares sont les femmes noires à diriger des musiciens en France. Elle nous répond sur cette singularité.

Une tête bien pleine dans un corps sain

« Ma singularité ne repose pas sur ma féminité et encore moins sur la couleur de ma peau. Ma singularité repose sur trois éléments. D’abord ma conception humaniste du métier de chef d’orchestre.

Pour moi, le métier de chef d’orchestre est une importante source d’épanouissement humain dans la mesure où il sollicite à la fois l’intellect et le corps. Pour moi, un chef d’orchestre, c’est avant tout, une tête bien pleine dans un corps sain et agile ».

« Ensuite, j’ai une conception pluridisciplinaire du métier de chef d’orchestre. Selon moi, la direction d’orchestre fait appel aux qualités que l’on retrouve dans tous les métiers. Les métiers que je rêvais d’exercer lorsque j’étais enfant : pianiste, chanteuse, danseuse, styliste. Je me sens cheffe d’orchestre parce que je suis à la fois pianiste, chanteuse, danseuse, dessinatrice et styliste. »

« Enfin mon activité de cheffe d’orchestre se nourrit de mon histoire personnelle. J’ai conscience d’être porteuse d’un héritage à la fois très lourd et très riche. Mon histoire est celle d’un métissage qui remonte à plusieurs générations. Je suis à la fois une descendante d’esclaves et aussi une descendante de colons français et américains. Je me sens à la fois européenne, américaine et caribéenne. Tout cet héritage nourrit constamment mon rapport aux oeuvres musicales et à la direction d’orchestre. »

Savoir et transmission

Comment ne pas l’interroger sur ses rencontres les plus marquantes et déterminantes. Michelle Edmond-Mariette est enseignante au conservatoire de Saint-Denis de Paris. Elle est l’un des deux musiciens qui ont comptés dans sa carrière. « Sans le savoir, elle a eu un impact important sur ma vie de musicienne. Elle m’a montré que l’on pouvait être musicienne et rester soi-même, sans chercher à se masculiniser. »

Hans Michael Beurle est un chef d’orchestre allemand. « Un chef fascinant, pédagogue hors pair. Ce musicien a une approche philosophique et très efficace de la pédagogie de la musique. Il savait enseigner sans formater ses élèves. Hans Michael Beurle avait une force en lui, une densité, une intelligence à couper le souffle ».

Marielle Cafafa a aussi cette sensibilité à fleur de peau. Désormais elle transmet et éduque. La guadeloupéenne est professeure de chant et de direction de choeur à l’Université de Rouen-Normandie. Elle dirige plusieurs orchestres d’enfants dans le cadre du dispositif DEMOS. Ce Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à vocation sociale a été lancé par la Philharmonique de Paris. Il s’agit de faire découvrir la musique d’orchestre aux enfants issus de quartiers défavorisés, précise Marielle Cafafa.

Prix Talents d'Outre-Mer

Marielle Cafafa a également fondé l’ensemble vocal et instrumental Leonor. Elle promeut ainsi la musique française du moyen âge à nos jours. La cheffe d’orchestre a reçu en 2020 à Paris, le Prix Talent d’Outre-Mer dans la catégorie Chef d’Orchestre.

Sur les réseaux sociaux elle reçoit régulièrement des compliments ou encouragements qu’elle commente avec enthousisame et sérénité.

Chacun a son histoire et peut s’en sortir

« J’ai reçu des messages d’encouragements qui m’ont beaucoup touchée. C’est un honneur et un réel plaisir de voir la fierté à travers les mots qui me sont adressés. Plutôt qu’un exemple à suivre, je préfère être une simple source d’inspiration. Chacun a son histoire et chacun peut s’en sortir à sa manière. »

Extrait de la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák

Dorothée Audibert-Champenois – Rédactrice en chef de CnewsActusDothy – Facebook Cnews ACTUS PAGE – Twitter Instagram – Images ©️Lisa Camon – ©️Mister Jojo

 

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