Esclavage-Traite négrière : L’ONU a classé le Quai des Chartrons, ancien port négrier, au patrimoine de l’humanité,

Grace aux négoces du vin Bordeaux est devenu le premier port de France et même le premier port d’Europe , le quai des chartrons c’est peu a peu couvert d’hôtels particuliers ornés de leurs mascarons de pierre. Le quai a été inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité.
Au 18eme siècle de nombreux navires jetaient l’ancre au milieu du fleuve en attendant de charger des barriques remplis des meilleurs nectars. A l’époque les vins étaient entreposés dans d’immenses chais de négoces à quelques pas d’ici sur le quoi. Bordeaux était au sommet de la puissance et du rayonnement.
Au commerce du vins s’en ajoutait un autre nettement moins gratifiant.

On pourrait parler de l’histoire de Bordeaux, rien qu’à partir des noms de ses différents crus. Le chapitre lié à Château Nairac, un vin blanc du pays de Sotherne ne serait pas le plus glorieux on y évoquerait la traite négrière. Bordeaux ne dépassera jamais Nantes, premier port négrier français.

1er septembre 1729 un grément descend la Garonne jusqu’à son embouchure. Une fois au large il prend la direction des cotes africaines. Bordeaux vient de basculer dans l’ère de la traite. (Eric Saugera/Spécialiste de la traite négrière) : Le premier bateau qui marque le début de la traite négrière bordelaise de manière constante, s’appelle l’Union. Tout ce qui avait précédé, c’est de l’ordre des prémices. Si l’Union ouvre la voie aux négriers bordelais leur négoce n’explose quand dans la seconde moitié du 18ème siècle. Au total ce seront 130 000 esclaves qui seront vendus par des armateurs girondins.

Anne-Marie Coculac(Historienne) : « la traite négrière ce sera le second choix des négociants bordelais. Parce que Bordeaux à l’immense avantage d’avoir un arrière-pays très riche ». « Ils ont le vin, la traite pour eux c’est relativement accessoire et c’est sous Louis XV, c’est la royauté qui insiste pour que les bordelais se mette à faire la traite des Noirs ». Et les bordelais reçoivent des subventions. Jusqu’à la révolution française, ils touchent de l’argent pour le nombre de livres par Noirs débarqués aux Antilles. Un stimulant pour les négociants ». (Eric Saugera).

Ce commerce triangulaire entre Bordeaux, l’Afrique et les Antilles est encouragé par l’Etat. Il permet le développement de comptoir et de plantations dans les îles des Caraïbes. Les expéditions durent souvent plus d’une année et ne se font jamais cales vides. Dans ces cales le vin est toujours là qui côtoie d’autres marchandises. En même temps que du vin, on embarque aussi de la pacotille et des armes destinées à être échangées en Afrique contre des esclaves. Ces esclaves sont chargés comme de vulgaires marchandises dans les cales où ils ne peuvent même pas se tenir debout.

Arrivés à saint Domingue ou en Martinique la cargaison humaine est remplacée par du café, du chocolat et de l’indigo. Les négociants bordelais rentabilisent le voyage et tiennent une comptabilité sordide dans leurs carnets de bord.  » Le musée d’Aquitaine possède plusieurs de ces carnets. Il témoigne de la vie à bord et d’un quotidien fait d’horreur et d’inhumanité. « Beau clair de lune. Le temps toujours le même. A 11h trois quart, je fis monter une assez jolie négresse dans ma chambre. Je passai deux heures avec elle et l’exploitai deux fois. C’était la première fois que j’avais vu depuis mon départ de France ».

On tenait aussi une comptabilité parallèle, celle des esclaves morts durant la traversée. « Nous voyons un symbole des croix, chacune des croix correspond au décès d’un esclave, comme ici sur le Scorbud. Les maladies, les mauvaises conditions de vies étaient sources d’une très fortes mortalité à l’intérieur de ces navires négriers. »

La mortalité pouvait toucher 30% des hommes embarqués mais en vendant les survivants à bons prix, les marchants d’esclaves faisaient des gains substantiels. « Ce qui explique que les familles bordelaises gagnaient beaucoup d’argent » (Eric Saugura) . Parmi ces familles, les Nairac. Un deuxième grand cru classé continue de porter leur nom.

C’est grâce au commerce colonial et négrier que les Nairac, des protestants régnèrent sur le port de Bordeaux dans la seconde moitié du 18ème siècle et devenu le premier port d’Europe. Bordeaux devient l’entrepôt du commerce de redistribution des produits coloniaux vers l’Europe. » (Historienne).

Les Nairac possèdent une flotte de huit navires, dont trois négriers, on estime leur fortune à 2 millions de livres. Exemple un matelot qui allait à la traite gagnait 25 livres par mois. Il était l’homme le plus riche de Bordeaux. 1775, avec cet argent, les Nairac bâtissent en 1775 un imposant hôtel particulier. L’Hôtel Nairac se trouve au centre de Bordeaux et contribue jusqu’à nos jours à la splendeur de la capital girondine. construit par Victor Louis qui bâtira plus tard le grand théâtre.

Les richesses tirées du commerce maritime et de la traite négrière rejaillissent sur le vignoble. En 1777, rachète un vignoble à Barsac dans la région de Sautherne au Sud de Bordeaux . On y produit toujours un vin classé. En 1786, le château Nairac est né.

Christian Cau (Archives départementales de la Gironde) explique le refus du Roi d’accorder la noblesse au Nairac non pas pour l’ignominie de leur commerce négrier mais parce qu’ils étaient des réformés (RPR), des protestants.

Après la révolution, l’esclavage est aboli une première fois, les archives nationales conservent ce décret symbolique. En 1794, La convention Nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est abolie en conséquence elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur domiciliés dans les colonies sont citoyens français.

Pour favoriser les intérêts économiques des colonies, Bonaparte va revenir en 1802 sur cette abolition, ce n’est qu’un demi siècle plus tard le 27 avril 1848 que l’esclavage sera définitivement aboli par l’article 6 de la constitution.

Une décennie plus tôt en 1837 la famille Nairac avait revendue son domaine.
61 grands crus classés.

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Source L’Ombre d’un doute/Bordeaux, histoire de châteaux/Images Capture d’écran C’news Actus Dothy

Le Roi Mage Balthazar, attendra près de 1000 ans avant que les européens le représentent comme homme Noir

Le Nouveau Testament raconte aux personnes de confession catholique, la venue sur terre de l’Enfant Jésus au soir de Noël à Bethléem, au Sud de Jérusalem, un 24 décembre à minuit (Luc et Mathieu). Entouré de la Vierge Marie et de Joseph, le nourrisson recevra très tôt la visite attendue de trois Rois dont le plus jeune est de couleur foncé, il est d’origine africaine. La sainte famille voit alors des Mages (ou Magos), des porteurs de rêves orientaux, guidés par une étoile,  remettre des offrandes au bébé.

Selon l’évangile de Mathieu, le Roi Mage Balthazar a d’abord suivi l’étoile de Bethléem (ou étoile de Noël) jusqu’au Palais d’Hérode le Grand. Ce dernier  lui aurait ordonné de revenir près de lui après avoir trouvé l’Enfant, fils de Dieu. A son arrivée dans la cabane où repose le nourrisson, comme les autres mages, Balthazar l’honore et lui offre en cadeau de la myrrhe (qui symbolise la mort d’un roi, un produit coûteux pour l’époque). Si le personnage de Balthazar compose désormais toutes les crèches chez les catholiques en Europe,  sa représentation en tant qu’homme Noir a été ignorée pendant plusieurs siècles. 

Une exposition lancée le 19 novembre 2019, intitulée «Balthazar : A Black African King in Medieval and Renaissance Art» tente d’expliquer comment, en Europe, la représentation du Roi mage africain, a été favorisée grâce et avec la traite négrière. Cette exposition qui se déroule au Getty Museum au campus culturel et de recherche, situé à Los Angeles, dans l’État de Californie et prend fin le 17 février 2020, est l’occasion de mieux comprendre le temps qu’il aura fallu aux artistes d’Europe pour intégrer l’identité du plus jeune Roi mage.

Dès les premières légendes écrites médiévales, il était dit que l’un des trois rois qui a rendu hommage à l’Enfant Jésus à Bethléem était originaire d’Afrique.

Mais, si l’adoration des mages était pourtant un sujet courant dans l’Art pictural européen, en dépit  des descriptions écrites de Balthazar en tant qu’Africain noir, les artistes européens ont continué à le représenter comme un Roi blanc pendant des siècles Il faudrait près de 1000 ans aux européens pour commencer à représenter le plus jeune des trois rois, Balthazar, en tant qu’homme Noir.

Les récits évangéliques qui relatent la naissance du Christ ne précisent pas le nombre de mages, ni leurs noms, mais distillent de nombreux indices sur l’identité des trois Rois.

A partir du troisième siècle, les écrivains ont identifié les rois mages selon les trois types de cadeaux qu’ils ont apportés au nourrisson : de l’or, de l’encens et de la myrrhe (une résine utilisée par les Égyptiens). Plus tard, des écrivains leur ont attribué des noms : Gaspar, Melchior et Balthazar, et ont précisé que les rois venaient des trois continents : l’Afrique, l’Asie et l’Europe.

Enfin, au VIIIe siècle, un auteur répertorié sous le nom de Bede identifie «un Roi noir et barbu appelé Balthazar». Dans ce manuscrit original, Balthazar est appelé Bithisarea qui devient Balthazar dans le christianisme occidental. Saint Bede le décrit comme étant «de teint noir, portant une barbe lourde» avec de la -myrrhe- qu’il tenait dans ses mains préfigurant la mort du Fils de l’homme ».

Ce n’est  qu’en 1266 que l’identité du troisième mage a été évoquée  dans l’art européen pour la première fois, lorsque l’artiste Nicola Pisano a sculpté deux assistants africains dans une scène avec les mages. Leurs traits et leurs cheveux les identifient clairement comme des Africains subsahariens.

Ensuite, à la fin du XVe siècle, les choses changent. Un plus grand nombre d’images dans l’Art européen représentent Balthazar comme étant associé à l’Afrique à travers son costume, ou peint comme un Africain. Des représentations ont été trouvées dans les livres de prières personnelles,  créées vers 1480/90 au moment où démarre la traite négrière portugaise a sur la côte ouest de l’Afrique.

«Le mage noir africain de la fin du XVe siècle est une figure paradoxale. Sa présence révèle la diversité raciale en Europe à un moment où les conciles œcuméniques d’église ont accueilli des délégués d’Éthiopie à Florence et à Rome. Dans le même temps, cependant, les Européens ont commencé à s’engager dans la brutale traite des esclaves africains. » révèle une note d’une minuscule peinture du mage africain dans l’exposition « Balthazar : A Black African King in Medieval and Renaissance Art» – (Balthazar: un roi noir africain dans l’art médiéval et à la Renaissance)

A la fin des années 1400, le commerce des esclaves d’Afrique subsaharienne s’est intensifié, banalisant, industrialisant, organisant la pratique de la traite négrière en apportant des millions de peuples asservis en Europe et en Amérique. Une pratique qui  n’était pourtant pas inédite, depuis l’Antiquité, les Européens et les Africains étaient déjà «engagés» dans le commerce des humains captifs, rappellent les historiens spécialisés dans l’histoire de l’esclavage.

Le Roi Mage Balthazar est commémoré pendant l’Épiphanie avec les autres mages. Chez les catholiques, Balthazar est fêté le 6 janvier, le jour de sa mort. Selon la légende, Balthazar serait revenu chez lui sans visiter le Roi Hérode. Le Mage africain aurait célébré Noël en 54 après Jésus-Christ, à l’âge de 112 ans.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Source «Balthazar: A Black African King in Medieval and Renaissance Art»
Images Getty  Musuem Californie