Christiane Taubira: « Nous avons notre part dans les désordres du monde», elle craque en pleine émission

Christiane Taubira plaide pour un monde plus solidaire.

L’ancienne ministre de la justice a fondu en larmes pendant une diffusion d’images de réfugiés entassés dans un camp sur une île grecque. Samedi 19 septembre, Christiane Taubira, invitée de C’ l’hebdo sur France 5 regardait un reportage sur les migrants de l’île de Lesbos, quand à la fin de la diffusion,  l’écrivaine et femme politique est d’abord restée sans voix puis a craqué devant les invités. Prenant à témoin les téléspectateurs, l’ex-Garde des Sceaux a longuement décrié les conditions de vie des réfugiés qui sont plus épouvantables que jamais.

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur, il y a deux mois, les transferts de migrants et réfugiés vers la capitale ont subi un coup d’arrêt, alors que les arrivées n’ont pas cessé d’augmenter depuis 2019. Résultat, dans le camp de Moria dressé à l’origine pour accueillir au maximum 3000 réfugiés, plus de 21 000 personnes s’entassent aujourd’hui.

Une semaine après un incendie qui a ravagé ce camp de migrants de Moria, la police grecque a commencé ce jeudi 17 septembre 2020 à évacuer une partie des milliers de réfugiés jetés à la rue. Des déplacés, censés regagner un nouveau camp, que l’ONU et Athènes promettent  qu’il sera « provisoire ».

Le témoignage d’un jeune garçon a fait fondre la mère de famille : « Lorsqu’on parle d’injustice, on parle de ça. Ces personnes sont à la fois des victimes du désordre du monde et nous avons notre part dans les désordres du monde. Nous avons notre part dans le fait qu l’on ne puisse spéculer sur les denrées alimentaires(…) sur le prix du riz, sur le prix du maïs ». Elle poursuit toujours émue, les yeux rouges et la mine dévastée : « Lorsqu’on parle d’injustices et d’inégalités, ce sont des choses tangibles. On empêche de manger. Oui, ça fait une politique. Lorsqu’on parle de corruption, ce sont des choses tangibles, On est complice de gens qui pillent des richesses ou permettent le pillage des richesses » s’est indignée Christiane Taubira.

La guyanaise qui vient de publier aux Editions Plon, son premier Roman «Gran Balan» s’interroge sur ce monde peu solidaire envers les plus démunis : « Est-ce que le pillage fonde une politique ? Est-ce que la connivence fonde une politique ? Est-ce que l’économie qui dévaste la Terre, qui fait que les changements climatiques sont tels que des littoraux se réduisent, que des territoires sont submergés, et que de toute façon les gens vont mettre un pied devant l’autre pour aller ailleurs ? (…) Ça fait une politique ça? Mais l’hospitalité ».

Outrée, Christiane Taubira a terminé ce déplorable constat en appelant à la solidarité entre les peuples : « Ça fait partie du choix de se dire que oui, nous partageons une planète et que nous ne pouvons pas nous exonérer de notre responsabilité ».

De nombreuses ONG s’insurgent contre les conditions de vie sordides dans ce camp de Moria, le plus grand d’Europe, mis en place il y a cinq ans. Il y a une semaine, ce camp a ciel ouvert a été entièrement détruit par un incendie.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images capture d’écran C’news Actus Dothy

«À Paris, l’exil tue» Doni, migrant SDF est mort dans le canal Saint-Denis à Aubervilliers

Flore fait des maraudes, distribue bénévolement des repas aux nombreux migrants de l’Afrique de l’Est, d’Afghanistan et du Maghreb qui ont posés leur misérable tente sur les berges le long du canal Saint-Denis. Avant d’être chassés, ils étaient du côté de la Porte de la Chapelle et de l’Avenue du Président-Wilson à Saint-Denis, rappelle un membre du Collectif. Depuis la fin du confinement, le Collectif Solidarité Migrants Wilson a recensé mercredi 8 juillet, 376 tentes le long du canal contre 166 il y a trois semaines. Doni Neckson était un de ces gars là, rieur, fan de foot, supporter du PSG, entouré d’amis mais sans doute ne savait-il pas nager. Un hommage lui sera rendu par les bénévoles du Collectif.

Vendredi 10 juillet 2020 au matin, Flore, la bénévole du Collectif solidaire, a aperçu un corps dans une housse blanche, étendu sur la berge du canal de Saint-Denis, sous la surveillance de policiers. Un membre du Collectif des migrants raconte sur la page Facebook du Collectif Solidarité Migrants Wilson, comment de telle tragédie se déroulent sous les yeux des parisiens, « à cette heure ici, la piste cyclable a des allures d’autoroute. L’indifférence est palpable » mais pas pour Flore et les autres :

« Flore est passée devant en vélo en allant au boulot et a donné l’alerte. Flore c’est la bénévole que la police a embarqué menottes au poignets il y a une quinzaine de jours, au départ d’une maraude en vélo à la Plaine-Saint-Denis. Parce qu’elle s’offusquait des conditions «musclées» d’interpellation d’un gamin noir du quartier, de 14 ans. » précise ce membre du Collectif Solidarité Migrants Wilson.

« Ce que je sais c’est que des personnes exilées qui survivent dans de telles conditions et mettent fin à leur jour, il y en déjà eu, ce n’est pas le premier.»

Des centaines de migrants se sont installés dans ces campements le long du canal Saint-Denis depuis la porte d’Aubervilliers jusqu’au bassin de la Maltournée. Environ 800 personnes selon l’ONG Médecins du Monde.

« Ce que je sais c’est qu’à Paris de nombreuses personnes deviennent folles. Elles ont fui les guerres et les massacres, traversé des milliers de kilomètres d’épreuves, pour venir demander asile et protection dans le pays des Droits de l’Homme. Et ne trouvent finalement ici que des mauvais traitements, des conditions de survie indignes, la violence et la mort. De quoi rendre dingue en effet. »

La victime dans la housse blanche ce vendredi 10 juillet c’était Doni Neckson 29 ans. Les circonstances de sa mort restent encore floues. Tout semble indiquer qu’il a chuté dans l’eau. S’est-il noyé, s’est-il suicidé?

« Il dormait dans une tente, pas loin de là où on fait le petit-déjeuner le mercredi. Il était « un peu fou » dit pudiquement une des personnes qui le connaissait. Il est tombé dans le canal. Ne savait pas nager ».

Philippe Caro, membre du collectif Solidarité Migrants Wilson (et ancien élu de Saint-Denis), alerté par une bénévole, s’est précipité, le même jour, à Aubervilliers, sur les berges du canal.

Le Collectif Solidarité Migrants Wilson organise un hommage à Doni Neckson 29 ans, dimanche 19 juillet à 14h30 à proximité du Pont de Stains, à Aubervilliers. Le Collectif invite tous ceux qui voudraient honorer sa mémoire, à s’y rendre avec des fleurs et des bougies.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
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