Coronavirus : Manu Dibango est mort, le grand musicien camerounais auteur de « Soul Makossa » n’est plus

La planète entière et le Cameroun ont perdu un des plus grands artistes de musique, victime d’une infection due au coronavirus. Manu Dibango avait 86 ans. L’auteur de « Soul Makossa », ambassadeur de l’Unicef, afro-européen convaincu, a tiré sa révérence.

Pourtant la semaine dernière c’étaient à travers les paroles rassurantes de sa manager Claire Diboa que les fans du saxophoniste avait su que l’artiste était hospitalisé, testé positif au covid-19, demandant, tout de même, à respecter l’intimité du chanteur. Manu Dibango a finalement succombé au nouveau coronavirus.

Le musicien né à Douala en 1933 a 40 ans quand le succès frappe à sa porte. Sa vie, il la raconte dans son autobiographie « Trois Kilos de café » Ses parents sont protestants, il a une enfance une éducation à la française au sein d’une famille bourgeoise camerounaise, il écoute de la musique dans le temple que fréquente ses parents.

Manu Dibango débarque en France, il s’installe à Marseille, nous sommes en 1949. le camerounais raconte : « Je venais pour des études, je suis tombé dans le Jazz ». Toujours dans ses confidences partagées il décrit une période ou il est d’abord dans un  lycée dans la  Sarthe et commence à jouer à Paris, il sera aux Trois maillets, au Chat qui Pêche ou au Caméléon.

Son passage à Bruxelles, sera sur la scène du Tabou, à Ostende on le verra au Moulin Rouge, à Charleroi, il joue au Chat Noir. Sa rencontre avec Joseph Kabaselé, qui dirige l’African Jazz sera déterminante. Il écrit l’un des hymnes africains le plus connu « Indépendance Tcha-Tcha ». Le titre fait un tabac au Congo, Manu Dibando reste deux ans dans le pays et monte son propre club Tam-Tam.

Le camerounais rentre chez lui au Cameroun et retourne très vite à Paris où il vit de son métier de musicien. Manu Dibango  devient l’organiste et directeur d’orchestre de Nino Ferrer.

En 1967, le guadeloupéen Gésip Légitimus, oncle de Pascal Légitimus lui propose de monter un Big Band dans « Pulsations » son émission mensuelle, dans le même temps il enregistre des 45 tours destinés au marché musical africain. L’artiste sera propulsé au sommet dans ce milieu  audiovisuel entre radio, pub et documentaires où il fait vivre la musique à sa manière avec « Afro something ». Désormais, il croise des personnalités comme Barry White, Aretha Franklin,  Roberta Flack, Tony Williams ou Cedar Walton.  Des tournées, il en fera des milliers comme en Amérique Latine avec la Fania All Stars.

1975, il est invité par le père de la Nation ivoirienne, Houphouët Boigny qui lui propose de diriger l’orchestre de la Radio-Télévision ivoirienne, c’est l’occasion pour lui de monter son combo panafricain.

1980,  l’afro-européen comme il aime se nommer,  revient dans son second pays, la France. Pour fêter son 60ème anniversaire, le saxophoniste camerounais enregistre « Wakafrica » avec Angélique Kidjo, Papa Wemba, Youssou N’Dour, Salif keita et King Sunny Adé. Il sera également sur scène avec Bernard Lavillier. Il sera décoré en 1986 par le ministre de la culture de l’époque, Jack Lang.

En 2007, le président Nicolas Sarkozy le fait nommer au Comité Génération Afrique, courte expérience, il note dans sa biographie  : « Les gens ne veulent toujours pas savoir qu’il y a des Noirs en France depuis plus de deux siècles. Ils font des interviews avec des musiciens afro-américains autour du racisme, mais ils oublient de demander à ceux qui ont connu les foyers en France, les malettes de la Françafrique. Barbès, ça fait moins rêver que Harlem ».

Ses 85 ans, il les avait fêtés au Palace.

Sa petite perle « Ma-ma-Ko-ma-ma-sa-ma-ma-makossa », chiffrera bientôt les 10 millions d’albums, se plaisait-il à répéter. tout en regrettant l’exploitation abusive de son titre : « Mes amis américains continuent d’exploiter le filon : 4 mesures par-là, 8 par-ci, aujourd’hui on débite tout. Mais certains ont au moins, le talent de me demander, comme Jay-Z et Will Smith ».

Une très longue vie consacrée à la musique et diffusée sous toutes les formes, fera de Manu Dibango, l’un des plus grands musiciens panafricains du monde.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
ImagesRezonetwez/LaProvence

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