E. Macron: «La France a une part d’Afrique en elle. Ne restons pas prisonnier de notre passé» déclare le Président interrogé depuis l’Elysée

Dans une longue interview accordée aux journalistes Benjamin Roger et  Marwane Ben Yahmed pour Jeune Afrique, le Président de la République a répondu à plusieurs interrogations sur la Restitution du patrimoine africain, la fin du franc CFA, la lutte contre le terrorisme et les relations entre la France et l’Afrique.

À la question : Le sentiment anti-français se développe au sein des pays francophones. Comment l’expliquez-vous ? Emmanuel Macron a répondu sans détour, avouant un lien plus qu’amical entre le continent africain et la France, ancien empire colonial :

«Je pense qu’entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour. Notre pays a été présent sur le continent à la fois à travers le commerce triangulaire, des conflits dès le début du XIXe siècle puis des guerres coloniales. Cette histoire est là. Nous en sommes les héritiers. En avons-nous été les acteurs ? Non. Cette histoire a-t-elle été reconnue ? Oui, même s’il y a encore un travail historiographique en cours. Mais nous ne devons pas rester prisonnier de notre passé. Ce serait terrible.»

Dans cette interview faite depuis l’Elysée, on retiendra cette phrase du Président Emmanuel Macron disant « La France a une part d’Afrique en elle. Nos destins sont liés ».

Dorothée Audibert-Champenois rédactrice en chef CNewsActusDothy – Facebook Twitter Instagram @C’news Actus Dothy – Images Twitter E.M

Paris : Le jardin «Solitude» inauguré dans un lieu qui symbolise la fin de l’esclavage

Samedi 26 septembre 2020 est une date que l’histoire retiendra. Plus de 200 ans après sa mort, le nom de la Mulâtresse Solitude sera à jamais inscrit dans nos livres d’Histoire. Ce week-end la maire de Paris a inauguré un petit jardin du nom de «Solitude», place du Général Catroux dans le 17è arrondissement de la capitale.

En présence de Jacques Martial, comédien et chargé des Outre-mer auprès de la maire de Paris, d’Audrey Pulvar, maire-adjoint d’Anne Hidalgo et de Karen Taieb, maire adjoint à la mairie de Paris, chargée du Patrimoine et de l’histoire de Paris, «Solitude» est enfin reconnue au-delà des frontières guadeloupéennes et antillaises.

Faisant face à l’imposant monument du général Thomas Alexandre Dumas, érigé par Alphonse Emmanuel et la statue ouverte des Fers, représentant une chaîne brisée en hommage à Alexandre Dumas, le jardin autrefois nommé les 3 Dumas est aujourd’hui rebaptisé du nom de la combattante guadeloupéenne «Solitude».

Place du Général Catroux, après une cérémonie teintée de discours, de chants, le docteur Karen Taïeb, chargé du patrimoine, de l’Histoire de Paris et des relations avec les cultes a répondu aux questions de notre rédaction :

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy – Images et Vidéo C’news actus Dothy

Esclavage-Traite négrière : L’ONU a classé le Quai des Chartrons, ancien port négrier, au patrimoine de l’humanité,

Grace aux négoces du vin Bordeaux est devenu le premier port de France et même le premier port d’Europe , le quai des chartrons c’est peu a peu couvert d’hôtels particuliers ornés de leurs mascarons de pierre. Le quai a été inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité.
Au 18eme siècle de nombreux navires jetaient l’ancre au milieu du fleuve en attendant de charger des barriques remplis des meilleurs nectars. A l’époque les vins étaient entreposés dans d’immenses chais de négoces à quelques pas d’ici sur le quoi. Bordeaux était au sommet de la puissance et du rayonnement.
Au commerce du vins s’en ajoutait un autre nettement moins gratifiant.

On pourrait parler de l’histoire de Bordeaux, rien qu’à partir des noms de ses différents crus. Le chapitre lié à Château Nairac, un vin blanc du pays de Sotherne ne serait pas le plus glorieux on y évoquerait la traite négrière. Bordeaux ne dépassera jamais Nantes, premier port négrier français.

1er septembre 1729 un grément descend la Garonne jusqu’à son embouchure. Une fois au large il prend la direction des cotes africaines. Bordeaux vient de basculer dans l’ère de la traite. (Eric Saugera/Spécialiste de la traite négrière) : Le premier bateau qui marque le début de la traite négrière bordelaise de manière constante, s’appelle l’Union. Tout ce qui avait précédé, c’est de l’ordre des prémices. Si l’Union ouvre la voie aux négriers bordelais leur négoce n’explose quand dans la seconde moitié du 18ème siècle. Au total ce seront 130 000 esclaves qui seront vendus par des armateurs girondins.

Anne-Marie Coculac(Historienne) : « la traite négrière ce sera le second choix des négociants bordelais. Parce que Bordeaux à l’immense avantage d’avoir un arrière-pays très riche ». « Ils ont le vin, la traite pour eux c’est relativement accessoire et c’est sous Louis XV, c’est la royauté qui insiste pour que les bordelais se mette à faire la traite des Noirs ». Et les bordelais reçoivent des subventions. Jusqu’à la révolution française, ils touchent de l’argent pour le nombre de livres par Noirs débarqués aux Antilles. Un stimulant pour les négociants ». (Eric Saugera).

Ce commerce triangulaire entre Bordeaux, l’Afrique et les Antilles est encouragé par l’Etat. Il permet le développement de comptoir et de plantations dans les îles des Caraïbes. Les expéditions durent souvent plus d’une année et ne se font jamais cales vides. Dans ces cales le vin est toujours là qui côtoie d’autres marchandises. En même temps que du vin, on embarque aussi de la pacotille et des armes destinées à être échangées en Afrique contre des esclaves. Ces esclaves sont chargés comme de vulgaires marchandises dans les cales où ils ne peuvent même pas se tenir debout.

Arrivés à saint Domingue ou en Martinique la cargaison humaine est remplacée par du café, du chocolat et de l’indigo. Les négociants bordelais rentabilisent le voyage et tiennent une comptabilité sordide dans leurs carnets de bord.  » Le musée d’Aquitaine possède plusieurs de ces carnets. Il témoigne de la vie à bord et d’un quotidien fait d’horreur et d’inhumanité. « Beau clair de lune. Le temps toujours le même. A 11h trois quart, je fis monter une assez jolie négresse dans ma chambre. Je passai deux heures avec elle et l’exploitai deux fois. C’était la première fois que j’avais vu depuis mon départ de France ».

On tenait aussi une comptabilité parallèle, celle des esclaves morts durant la traversée. « Nous voyons un symbole des croix, chacune des croix correspond au décès d’un esclave, comme ici sur le Scorbud. Les maladies, les mauvaises conditions de vies étaient sources d’une très fortes mortalité à l’intérieur de ces navires négriers. »

La mortalité pouvait toucher 30% des hommes embarqués mais en vendant les survivants à bons prix, les marchants d’esclaves faisaient des gains substantiels. « Ce qui explique que les familles bordelaises gagnaient beaucoup d’argent » (Eric Saugura) . Parmi ces familles, les Nairac. Un deuxième grand cru classé continue de porter leur nom.

C’est grâce au commerce colonial et négrier que les Nairac, des protestants régnèrent sur le port de Bordeaux dans la seconde moitié du 18ème siècle et devenu le premier port d’Europe. Bordeaux devient l’entrepôt du commerce de redistribution des produits coloniaux vers l’Europe. » (Historienne).

Les Nairac possèdent une flotte de huit navires, dont trois négriers, on estime leur fortune à 2 millions de livres. Exemple un matelot qui allait à la traite gagnait 25 livres par mois. Il était l’homme le plus riche de Bordeaux. 1775, avec cet argent, les Nairac bâtissent en 1775 un imposant hôtel particulier. L’Hôtel Nairac se trouve au centre de Bordeaux et contribue jusqu’à nos jours à la splendeur de la capital girondine. construit par Victor Louis qui bâtira plus tard le grand théâtre.

Les richesses tirées du commerce maritime et de la traite négrière rejaillissent sur le vignoble. En 1777, rachète un vignoble à Barsac dans la région de Sautherne au Sud de Bordeaux . On y produit toujours un vin classé. En 1786, le château Nairac est né.

Christian Cau (Archives départementales de la Gironde) explique le refus du Roi d’accorder la noblesse au Nairac non pas pour l’ignominie de leur commerce négrier mais parce qu’ils étaient des réformés (RPR), des protestants.

Après la révolution, l’esclavage est aboli une première fois, les archives nationales conservent ce décret symbolique. En 1794, La convention Nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est abolie en conséquence elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur domiciliés dans les colonies sont citoyens français.

Pour favoriser les intérêts économiques des colonies, Bonaparte va revenir en 1802 sur cette abolition, ce n’est qu’un demi siècle plus tard le 27 avril 1848 que l’esclavage sera définitivement aboli par l’article 6 de la constitution.

Une décennie plus tôt en 1837 la famille Nairac avait revendue son domaine.
61 grands crus classés.

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Source L’Ombre d’un doute/Bordeaux, histoire de châteaux/Images Capture d’écran C’news Actus Dothy

Réparations pour les descendants d’esclaves, votées à l’unanimité à Asheville en Caroline du Nord

À Asheville, une ville située dans l’Ouest de l’État de Caroline du Nord, aux États-Unis, le Conseil municipal a voté mardi 14 juillet 2020, à l’unanimité? une résolution qui vise à réparer les  injustices subies par les habitants Noirs depuis la période esclavagiste.  Un acte fort lancé par les conseillers de la ville, en lien avec les mouvements et manifestations anti-racistes qui secouent les Etats-Unis et l’Europe depuis la mort brutale de George Floyd, le 25 mai dernier.

Cette ville américaine qui compte 93 000 habitants, dont 83% de blancs, s’est officiellement excusée pour le rôle qu’elle a joué dans l’esclavage et la mise en œuvre de politiques racistes contre les Noirs, qui représentent environ 12% de la population.

Il n’y aura pas de paiements directs en espèces aux descendants d’esclaves, la ville prévoit d’investir dans des zones où les résidents noirs sont confrontés à des disparités. Les dirigeants de la ville ont déclaré que leur objectif était d’aider à créer une richesse générationnelle pour les Noirs, qui ont été touchés par les écarts de revenus, d’éducation et de soins de santé.

« Des centaines d’années de sang noir se sont répandues qui remplissent essentiellement les tasses que nous buvons aujourd’hui », a commenté le conseiller Keith Young. Avec Sheneika Smith, ils étaient les deux seuls membres Noirs de ce Conseil municipal. Suite à des critiques d’opposants, Sheneika Smith a réagi, esn expliquant que : « Les réparations sont la restitution de ce qu’il s’est passé pendant la traite négrière transatlantique. C’est un sombre péché diabolique que l’esclavage qui considérait les hommes et les femmes comme des biens meubles. C’est cela qui est à l’origine de toutes les injustices qui existent encore dans la vie américaine aujourd’hui. » a souligné la conseillère d’Ashville.

Selon le Providence Journal, le maire a signé ce mercredi 15 juillet, un décret pour entamer un «processus de révélation pour la vérité et les réparations». Dans le cadre de la résolution adoptée par le Conseil, les dirigeants de la ville d’Asheville ont appelé l’État de Caroline du Nord et le gouvernement fédéral à financer les réparations.

Espérant que l’initiative d’Asheville pourrait créer un précédent, la conseillère municipale Gwen Wisler, qui est également vice-maire de la ville a déclaré : «J’espère juste que nous serons, peut-être, une petite étincelle qui fera que cette volonté de réparer se déroulera non seulement à Asheville, mais en Caroline du Nord et à travers le pays»

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Avec Sandrine Poogy/ImagesIheartRadio/Refinery29

Il s’achète une maison construite par des esclaves en 1820, pour «rendre hommage à ses ancêtres»

« J’ai vu la maison la semaine dernière et quand je suis entré, je savais que j’étais chez moi »

L’acteur Robert Hartwell vient de prendre possession d’une maison historique qui date de 1820. La maison a été construite par des esclaves ce qui a fait dire à la star de Broadway : « Je n’ai jamais été aussi fier d’être un homme noir ».

Le comédien a partagé la nouvelle sur Instagram avec ses abonnés, leur expliquant comment en enquêtant sur internet il avait finalement trouvé la maison de ses rêves :
«Il y a 3 semaines, j’ai trouvé cette maison en ligne. J’ai aussitôt dit «c’est ma maison». J’ai appelé le vendeur et on m’a dit qu’il s’agissait d’une offre qu’il fallait régler en espèces uniquement », a-t-il expliqué sur son compte Instagram en publiant une photo de lui se tenant devant sa nouvelle propriété. Par prudence Robert Hartwell n’a pas révélé l’emplacement de la maison qu’il compte bien, dit-il « «remplir d’amour».

Selon le tabloïd américain People, le nouveau propriétaire, le fondateur du Broadway Collective, a indiqué que la maison avait été construite par des esclaves en 1820 pour la famille Russell, qui possédait les usines de coton locales. Et, Robert Hartwell a écrit : «Mes ancêtres, étaient loin d’imaginer, quand ils se brisaient le dos en 1820 pour construire cette maison il y a 200 ans, qu’un homme noir gay libre allait la posséder et la remplir d’amour et trouver un moyen de citer leur nom encore 200 ans plus tard» 

Après cette publication, l’acteur a promis de partager les prochaines rénovations de sa nouvelle demeure sur les réseaux sociaux : « Tellement submergé de gratitudes … J’ai hâte de partager encore plus ». Tous ses abonnés ont chaleureusement complimenté Robert Hartwell qui aurait déclaré qu’il avait acheté la maison pour «rendre un  hommage à ses ancêtres».

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Fête : Qu’est-ce que le Juneteenth, célébré dans toute l’Amérique

Juneteenth est une combinaison de «June» et «Nineteenth» connu aussi sous le nom de Freedom Day ou d’Emancipation Day, le 19 juin ou Juneteenth, commémore l’émancipation des Noirs et la fin de l’esclavage aux États-Unis selon le 13e amendement de la Constitution des Etats-Unis. La loi abolitionniste d’Abraham Lincoln était en vigueur depuis le 1er janvier 1863 mais ce n’est que deux ans plus tard que les esclaves sont devenus libres. Les Noirs du Texas n’ont été informés de leur libération que le 19 juin 1865.

Avant cette date, il y avait 4 millions de personnes réduites en esclavage en Amérique et 250 000 au Texas, soit plus de 30% de la population de l’État.

Juneteenth n’est pas une loi fédérale mais les descendants d’anciens esclaves la célèbrent partout dans le pays, défilés, fêtes, foires, événements culturels, services religieux voire même dans le cadre de festivals. L’artiste Lisa jeanne Graf a conçu un drapeau Juneteenth avec des couleurs rouge, blanc et bleu pour signifier que les anciens esclaves et leurs descendants sont américains.


En 2005, en tant que sénateur fédéral pour l’Illinois , Barack Obama a coparrainé une loi pour faire du Juneteenth un jour férié fédéral, qui n’a pas été adopté.

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La statue d’un marchand d’esclaves, démolie et jetée dans le port de Bristol en Angleterre

Après treize jours de manifestations dans le monde suite à la mort brutale de George Floyd, les manifestants anti-racistes, sont toujours déterminés à chasser les symboles des périodes sombres de l’esclavage. Ce dimanche après-midi, des membres de l’organisation Black Lives Matter en Angleterre, ont déboulonné, sorti une statue de son piédestal pour la jeter dans le port de Bristol.

Cette statue représente un marchand d’esclaves du XVIIeme siècle, Edward Colston un commerçant qui achetait, vendait et échangeait des Africains pour les réduire en esclavage. Edward Colston était enregistré dans la Royal African Company, une société commerciale qui se livrait à la traite des esclaves au 17e siècle. S’il était généreux avec la ville de Bristol, il restait méprisable avec ses esclaves, rapporte un manifestant du Black Lives Matter.

Le monument commémoratif en bronze d’Edward Colston se trouvait dans le centre-ville de Bristol depuis 1895 et suscitait déjà de nombreuses controverses. La statue d’Edward Colston avait fait l’objet d’une pétition, 11 000 personnes avait signé pour son retrait.

Andy Bennett, le directeur de la police d’Avon et de Somerset, a indiqué que 10 000 personnes avaient assisté à la manifestation Black Lives Matter à Bristol et que la majorité d’entre elles l’ont fait « pacifiquement ».

Selon les médias sur place, un manifestant John McAllister, 71 ans, a récupéré des sacs poubelle noirs pour cacher la statue avant qu’une corde ne soit attachée autour et utilisée pour la tirer dans les eaux du port.

La police ouvre une enquête pour identifier les auteurs des faits.

Le 22 mai 2020, en Martinique, la statue de Victor Schoelcher était elle aussi démontée de son piédestal, brisée et taguée. Victor Schoelcher, s’il a été un des acteurs de l’Abolition de l’esclavage à partir de 1840 ne serait pas le bienfaiteur que l’histoire laisse entendre. Avant cette date, le journaliste Victor Schoelcher ne souhaitait pas une libération inconditionnelle des Noirs, esclaves de France. Victor  Schoelcher n’envisageait pas une abolition immédiate et totale de l’esclavage.

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Images Sandrine Poogy/Sacha Carter/BLM/IrishTime

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