Sarah Rector, 11 ans, la petite fille noire la plus riche d’Amérique

Sarah Rector est née en 1902 de parents affranchis et quelques années plus tard, alors qu’elle n’est qu’une enfant, elle sera reconnue comme la fille noire la plus riche de la nation américaine. Sarah avait 11 ans. Son histoire est racontée dans « Searching for Sarah Rector : La fille noire la plus riche d’Amérique» de l’écrivaine pour enfants Tonya Bolden.

Sarah Rector et sa famille étaient des membres afro-américains de la Muscogee Creek Nation (au Sud-est des États-Unis) et vivaient dans une modeste cabane dans la ville à prédominance noire de Taft, dans l’Oklahoma.

Après la guerre de Sécession, les parents de Sarah Rector qui étaient autrefois réduits en esclavage par des membres de la tribu Creek, avaient droit à des attributions de terres en vertu de la Dawes Allotment Act de 1887. En conséquence, des centaines d’enfants noirs, ou «mineurs de Creek Freedmen», ont chacun obtenu 160 acres de terre (environ 65 hectares) en tant que territoire indien intégré au territoire de l’Oklahoma pour former l’État de l’Oklahoma en 1907. Alors que les terres accordées aux anciens esclaves étaient généralement rocheuses et stériles, celle de Sarah Rector était située au milieu du champ pétrolifère de Glenn Pool, initialement évaluée à 556,50 $ (515 euros).

À court d’argent, le père de Sarah loue la part de sa fille à une grande compagnie pétrolière en février 1911 pour l’aider à payer la taxe foncière annuelle de 30 $ (28 euros). Deux ans plus tard, la fortune de Sarah Rector prend un tournant majeur lorsque le foreur pétrolier indépendant B.B. Jones produit un «gusher» (des puits) sur son terrain qui rapporte 2 500 barils  par jour. Sarah Rector commence à gagner plus de 300 $ par jour en 1913, c’est à dire entre 7 000 $ et 8 000 $ actuels.

Titre à la Une de The Kansas City Star, 6 septembre1913

La notoriété de Sarah Rector explose. Selon le magazine Face 2 Face Africa, en septembre 1913, le journal local du Kansas City Star titre «Des millions pour une fille noire, Sarah Rector, 10 ans, a un revenu de 300 $ par jour grâce au pétrole»,  Le Savannah Tribune écrit: «Un puits de pétrole produit un revenu net de 112 000 $ par année pour une fille noire». Un autre journal l’a surnomme «la nègresse la plus riche du monde».

À l’époque, une loi exigeait que les Amérindiens, les adultes noirs et les enfants qui étaient citoyens du territoire indien avec des biens et beaucoup d’argent devaient être représentés par des tuteurs blancs «très respectés». En conséquence, la petite Sarah aura comme tuteur non plus ses parents mais un homme blanc nommé T.J. Porter. Soucieux de son bien-être et de son tuteur financier blanc, les premiers dirigeants du NAACP ( l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur) se sont battus pour la protéger, elle et sa fortune.

The Rector Mansion 

Quand elle a eu 18 ans, Sarah Rector valait 11 millions de dollars. Elle possédait également des actions et des obligations, une pension, une boulangerie et un restaurant à Muskogee en Oklahoma, et 2 000 acres (810 hectares) de terrain. Elle quitte Tuskegee avec sa famille pour Kansas City dans le Missouri, où elle achète une majestueuse maison en pierre., connue sous le nom de Rector Mansion.

En 1922, elle épousa Kenneth Campbell, le deuxième Afro-américain à posséder une concession automobile. Le couple aura trois fils et était accepté comme un membre de la royauté locale, conduisant des voitures chères et recevant à leur domicile des élites comme Joe Louis, Duke Ellington ou Count Basie. Le couple divorce en 1930 et Sarah Rector se remarie en 1934.

Durant la  « crise économique des années 1930 », c’est-à-dire lors de la Grande Dépression qui commence de 1929 à la seconde guerre mondiale, Sarah Rector perdra une grande partie de sa richesse. la petite fille noire la plus riche d’Amérique est morte le 22 juillet 1967 à 65 ans. Elle possédait encore des puits de pétrole et des biens immobiliers.

Source BlackPast.org
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Images BlackPast.org/DailyGeekShow/The vintagenews/The Martin City Telegraph

Euzhan Palcy, martiniquaise engagée, pionnière pour les cinéastes afro-américains et boudée en France

Le cinéma antillais et afro-américain a son icône : Euzhan Palcy. Si aujourd’hui le monde du cinéma antillais et afro-américain est si riche de scénaristes, de réalisateurs, de techniciens, d’acteurs et d’actrices, il le droit, pour une large part à l’oeuvre importante de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy. Connue mais peu célébrée dans l’Hexagone, Euzhan Palcy a une place de choix dans la communauté noire et aux Etats-Unis qui en toutes occasions, lui rendent hommages ou la sollicite. Invitée dans de nombreux festivals de cinéma pour son expertise comme réalisatrice et pionnière la native martiniquaise est l’une des premières femmes noires à s’affirmer dans le cinéma international. La Directors Guild of America lui a consacré récemment une très longue interview qui retrace le parcours d’une cinéaste exceptionnelle, chouchoutée par son public antillais, admirée des cinéastes afro-américains mais boudée en France, dont voici les moments les plus forts.

La carrière d’Euzhan Palcy est étroitement liée aux retentissements internationaux de son premier long métrage «Rue Cases Nègres» traduit pour la scène internationale «Sugar Cane Alley». Ce livre qui contribuera à la faire cconnaître, elle le découvre alors qu’elle n’est qu’une toute jeune enfant au Gros-Morne. Elle n’a pas 11 ans, la petite Palcy, mais déjà convaincue d’une avenir dans l’industrie du cinéma : «Parfois je le disais aux gens et ils ne comprenaient pas cela. Ils pensaient que je voulais devenir une actrice. Je répondais pourtant : Non, non,non».

Euzhan trouve une oreille bienveillante aux côtés de son père très attentif, un brin féministe, qui l’encourage et veille. Euzhan Palcy descend  dans la capitale, elle fera ses premiers pas de cinéaste au centre Culturel de Fort-de-France. La jeune fille se rôde au tournage, à la direction d’acteurs, au montage et à la présentation d’un court métrage qu’elle réalise en 1982 : L’Atelier du diable. Une expérience qui la conforte à progresser dans cette voie. Mademoiselle Palcy à 20 ans quand elle part en métropole comme les jeunes de son âge mais pas pour «devenir médecins, avocats», infirmiers ou facteurs mais pour étudier le cinéma et la littérature à la Sorbonne. La Martinique, on ne compte pas encore de femme cinéaste.

«Rue Cases Nègres» toujours dans son viseur, Euzhan Palcy écrit un scénario et lit ses feuillets à des amies étudiantes. Jusqu’au jour où la fille de François Truffaut lui propose d’en parler à son père. «Papa veut te voir» sera la réponse de la fille du réalisateur des «Quatre cent coups», une semaine après que le grand cinéaste ait lu le scénario de la jeune martiniquaise. Euzhan Palcy obtient à l’unanimité du jury une avance sur recettes du Centre National de la Cinématographie.

À Rivière Salée comme dans toutes autres communes de la Martinique, dans les années 1930, la vie quotidienne dans les champs est pénible. Comme le décrit le saléen Joseph Zobel dans la «Rue Cases Nègres», à cette époque, les noirs vivent misérablement dans des cases en bois et de paille alignées au lieu-dit : rue Cases-Nègres dans la bourgade de Rivière Salée. Les parents travaillent la journée et les enfants vont à l’école. Le petit José vit avec sa grand-Mère M’man Tine, du haut de ses 11 ans, il décrit cette vie où les Blancs, les Békés vivent dans de luxueuses habitations et contrôlent toute l’économie du pays. José travaille bien, il obtient son certificat d’études, un quart de bourse. M’man Tine veut que son petit-fils réussisse, elle part pour Fort-de-France.

En 1983, le long métrage de fiction «Rue Cases Nègres» aura coûté environ 3,5 millions de francs (environ 500 000 euros), il remporte quatre prix à la Mostra de Venise dont le Lion d’argent, un Prix d’Interprétation pour Darling Légitimus puis en France, en 1984, le César de la meilleure première œuvre. Une carrière internationale se dessine pour la réalisatrice Euzhan Palcy. La Martinique a sa première réalisatrice de cinéma.

Mais la France n’est pas encore prête, l’antillaise peine à développer des projets dans l’hexagone. Celle qui a grandi en regardant des films américains aux Antilles part à Hollywood. Les grands studios d’Hollywood s’intéressent à la désormais réalisatrice primée de dix-sept prix internationaux. L’acteur Robert Redfot l’introduit au Festival du Film Sundance où elle participe à plusieurs ateliers, nous sommes en 1984. Aux Etats-Unis, il n’existe pas de femmes noires réalisatrices, qu’importe, Euzhan Palcy propose un long métrage sur l’Apartheid «Color Purple». La Warner Bros ne poursuit pas sa collaboration et Euzhan Palcy convainc finalement la MGM de produire «A Dry White Season» (Une Saison Blanche et Sèche) une adaptation du roman d’André Brink. Le film qui réunit un beau casting, Donald Sutherland, Marlon Brando et Susan Sarandon aura un budget de 20 millions de dollars, soit quarante fois supérieur à celui de la «Rue Cases Nègres». Six ans après la «Rue Cases Nègres», la martiniquaise devient la première femme noire à réaliser un film pour un grand studio.

Quelques années plus tard, Euzhan Palcy décide de revenir sur son île. Elle réalise Siméon en 1992, un conte musical fantastique qui se déroule en Guadeloupe et à Paris, réalise un documentaire sur le poète et politicien Aimé Césaire et sort une mini-série pour la télévision française. Après avoir rejoint la Directors Guild America** en 1997, l’antillaise dirige un téléfilm pour Disney, Ruby Bridges (1998), l’histoire vraie de la première fille de couleur à fréquenter une école publique à la Nouvelle-Orléans. Euzhan Palcy est aussi l’auteur  de The Killing Yard (2001), un court-métrage, sur les émeutes à la prison d’Attica en 1971.

Régulièrement la réalisatrice a une place d’honneur dans les Festivals de cinéma aux Etats-Unis où elle on salue son parcours de femme de cinéma. De New-York à Los Angeles où elle vit, elle inspire des réalisateurs, réalisatrices, producteurs et productrices afro-américains tels Ava Duvernay ou Dee Rees. Et apprécie les hommages qu’on lui rend : «Je me suis battue, j’ai ouvert la voie à tous ces jeunes cinéastes qui maintenant sont connus. Ce que j’apprécie chez les réalisateurs comme Ava DuVernay, (distributrice de films, réalisatrice, productrice et scénariste américaine), c’est qu’ils reconnaissent la contribution de leurs aînés quand ils disent : « OK, j’ai fait un film, mais c’est grâce aux travaux accomplis par d’autres cinéastes avant moi.»

 

Euzhan Palcy a travaillé avec six studios aux USA, la cinéaste a été plusieurs fois primée dans de nombreux pays et son image a fait le tour du monde, elle est mondialement connue pour son cinéma engagé. Ses conseils aux jeunes et ses préconisations pour un cinéma ouvert aux femmes et moins discriminatoire sont décryptés. «J’ai passé de nombreuses années ici (USA) et j’ai travaillé avec six studios, donc je sais comment ils fonctionnent. Je sais comment les décisions sont prises et pourquoi elles sont prises. J’étais à l’intérieur et je l’ai vu, donc je suis tout sauf un rêveur. Mais J’espère que [les studios] comprendront qu’ils doivent s’ouvrir aux femmes, s’ouvrir aux cinéastes noirs, car ils ne savent pas ce qui leur manque.» a déclaré Euzhan Palcy à la Directors Guild America***.

En Mars 2019, Euzhan Palcy était l’invitée d’honneur du Festival du Film de Femmes de Créteil qui se déroulait du 22 au 30 mars. La martiniquaise est une habituée du Festival du Cinéma de Cannes qui se déroule chaque année e à la mi-mai.

En 1995, le Président François Mitterrand élève la cinéaste au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite. En 2004, Jacques Chirac décore Euzhan Palcy de la Légion d’honneur. En Martinique, une école porte son nom.

PS : ***The Directors Guild America (DGA), Initialement dénommé Screen Directors Guild date de sa création en 1936, la DGA est un syndicat professionnel qui représente les intérêts des réalisateurs de cinéma et de télévision dans l’industrie amicaine du cinéma.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Image DGA et source/C’news Actus Dothy(Palcy à Cannes)