Maud Petit, la députée martiniquaise se dévoile sans filtres

Discrète et posée, la martiniquaise Maud Petit, l’est beaucoup moins quand elle prend la parole dans l’hémicycle devant les 577 élus de l’Assemblée Nationale. Ce jeudi 29 novembre 2018, cette acharnée du travail a convaincu une majorité de ses collègues députés que sa proposition de loi pour interdire les violences éducatives ordinaires était juste. Déposée à l’Assemblée Nationale le 17 octobre 2018, la loi a été promulguée le 10 juillet 2019 et publiée au Journal officiel du 11 juillet 2019. Ainsi avance, Maud Petit, originaire de cette petite île de la Martinique, nichée entre les îles (sous-protectorat britannique), Sainte-Lucie et la Dominique.

Rattachée à la majorité présidentielle, la mère de famille de deux enfants, a accepté de répondre à toutes nos questions sans fard. Si elle consacre la majeur partie de son temps aux prochaines législatives, Maud Petit, d’une grande lignée martiniquaise, trouve également le temps de s’intéresser aux français des Outremer. Une région qui lui tient particulièrement à cœur.

Jeudi 29 novembre 2018, Maud Petit, députée du Val-de-Marne 
Assemblée Nationale - proposition de loi visant à interdire les violences éducatives ordinaires

Interview recueillie le 27 mai 2022.

Blacknews Page : Vous vous lancez une nouvelle fois dans la bataille des législatives. Quelles sont vos motivations :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : «J’ai vécu une première expérience, un premier mandat de députée relativement riche. Et au cours de ce mandat je me suis attachée à accompagner, beaucoup de personnes, beaucoup d’enfants aussi qui rencontraient des difficultés dans leur vie quotidienne. Je me suis d’abord orientée dans tout ce qui était dans la protection des droits des enfants, des mineurs notamment avec la Loi éducative ordinaire dont j’étais auteure et rapporteure. J’en suis très fière. Je me suis également engagée  contre les violences sexuelles sur les mineurs. Mon combat s’élargit (pour aller au delà de l’enfant), à tout le cercle familial, dans la lutte contre les violences intra-familiales et contre les violences conjugales sur les femmes mais aussi sur les hommes. Ensuite, je me suis investie dans des sujets plus courants comme j’ai eu l’occasion de le faire à la mission permanente des Affaires culturelles (éducation nationale, patrimoine, médias, culture) et dans le sport. Au sport, j’ai eu l’opportunité de travailler avec la délégation Outremer sur le rapport : Le sport et la santé en Outremer. Donc, j’ai ensuite axé mon travail sur les activités physiques, la santé, sport, bien être. Mr Jean Castex, m’avait commandé un rapport : Le sport en entreprise. Tous ces sujets-là que j’ai portés pendant 5 ans, j’ai envie de les poursuivre parce qu’il reste encore beaucoup à faire dans ces domaines. Voilà pourquoi, je sollicite de nouveau la confiance de mes électeurs. pour qu’ils puissent me donner l’occasion à mon tour de continuer de les aider. »

« J’ai un œil très attentif, sur tout ce qui se passe là-bas  »

Blacknews Page : Originaire des Outremer, vos compatriotes ne profitent pas totalement de cet avantage avec vous. Que leur répondez-vous :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : «Je voudrais rappeler à mes compatriotes d’outremer, ceux qui vivent là-bas comme ceux qui sont installés ici dans l’Hexagone (ils sont nombreux), que j’ai été vice-présidente de la Délégation Outremer à l’Assemblée Nationale. Etant originaire des Antilles, je voulais avoir un œil très attentif, sur tout ce qui se passait là-bas. Pendant les 5 ans, j’ai veillé à ce que les choses se déroulent favorablement pour eux. Et notamment en étant vice-Présidente de cette délégation. J’ai eu l’occasion de travailler avec 2 autres collègues. Josette Manin notamment, députée de la Martinique et avec Cécile Rilahc députée du Val d’Oise sur les discriminations en outremer. Je suis allée en Polynésie pour le sport et la santé. Je me suis rendue en Martinique et à Mayotte pour travailler essentiellement sur tout ce qui était discrimination en Outremer. En 2019, je me suis rendue en Guyane, pour voir comment cela se passait pour la rentrée des enfants, en particulier le dédoublement des classes primaires. »

«J’ai toujours été régulièrement informée, j’ai suivi régulièrement tout ce qui se passait, toutes les problématiques des Outremer. J’ai parfois porté la parole des Outremer, lors de questions au Gouvernement, des questions écrites destinées à la ministre de l’époque (Mme Girardin). Avec la crise sanitaire et le Covid, je me suis préoccupée de leur santé. Les Outremer me touchent au cœur, et jamais, jamais je ne les abandonnerai. quelque soit la façon dont je pourrais intervenir sur les outremer, sur ces terres qui me sont chères. Je continuerai de le faire que je sois encore députée ou pas. »

Le Sénat a adopté en première lecture le texte approuvé 
en première lecture par l'Assemblée nationale le 29 novembre 2018.

« Les français ne savent pas tout ce que l’on a accompli »

Blacknews Page : Proche du parti du Président, que retenez-vous de ce dernier quinquennat :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : « Je fais surtout partie de la majorité présidentielle. Je suis du Modem. C’est le deuxième partie de la majorité présidentielle, qu’on appelle aujourd’hui Ensemble. J’étais au cœur de la politique publique menée par ce gouvernement. Si je dois faire un bilan de ce quinquennat, c’est que l’on a travaillé sur énormément de sujets. On a fait avancer énormément de choses mais je crois que nous avons eus une très mauvaise communication sur tout ce que l’on a accompli. Les français ne savent pas tout ce que l’on a fait. On a un bilan énorme mais les gens n’en ont pas conscience comme la suppression de la taxe d’habitation. On a fait sauter le numérus clausus qui bloquait le nombre d’étudiants en médecine. Une des plus belles choses réalisées sous cette mandature, c’est le prolongement du congé paternité qui permet aux pères de passer plus de temps avec leur bébé. »

Blacknews Page : Vous êtes une acharnée au travail, dites-nous pourquoi ne vous-a-t-on pas sollicité dans le nouveau gouvernement  :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : «Je ne sais pas si on m’avait appelé à un ministère, si j’allais accepter. Ce n’est pas le fait de bûcher sans compter ses heures qui vous fait entrer ou pas dans un Gouvernement.  Il faut également savoir qu’il y a énormément de candidats au maroquin. Mon nom a effectivement circulé en 2020 et je me suis posée la question de savoir si cela m’intéressait de devenir ministre. Ce serait un immense honneur, c’est vrai. Seulement, ma vie de famille est précieuse. Je crois qu’il ne faut pas oublier sa famille et ses proches car ce sont eux qui me portent au quotidien. Ce sont eux qui me donnent l’énergie de faire pour les autres. Il ne faut pas que je les oublie et il ne faut pas que je m’oublie moi-même. Je préfère rester humble. Toujours déterminée mais humble. »

« ce vote a été comme un plébiscite, pour ou contre Emmanuel Macron »

Blacknews Page : Le plus fort de la pandémie est passé, les Antilles ont subi un fâcheux revers? Comprenez-vous leur colère exprimée jusque dans les urnes :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : « C’est un résultat que je pressentais et que j’avais intégré depuis 2020. Je savais que les Outremer ne voteraient pas Emmanuel Macron s’il se représentait à un second mandat. J’ai alerté la garde intime du Président, mais mes alertes n’ont pas été suivies d’effets. J’ai su très tôt que le Rassemblement National gagnait du terrain dans les Outremer. Il y a eu des paroles blessantes et des incompréhensions. J’ai été moi-même sidérée qu’on parle d’autonomie, ce n’était pas ce que la population souhaitait. Les Outremers, forment une population très diverse et il faut savoir leur parler. Et là, ce vote a été comme un plébiscite, pour ou contre Emmanuel Macron. Non pas qu’il y ait une adhésion forte à Jean-Luc Mélenchon, non pas qu’il y ait une adhésion à Marine Lepen, mais, à mon sens c’était un mouvement d’humeur., une manifestation électorale d’un mécontentement. Donc acte. Maintenant, il faut que la nouvelle ministre Yaël Braun-Pivet, écoute véritablement la population et qu’elle ne se mette pas dans une situation de braquage avec elle. Sinon, les choses n’avanceront pas. »

Blacknews Page : Maud Petit, candidate aux législatives dans le Val-de-Marne, quel est votre projet :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : «Dans ma circonscription, il y a un sujet qui me tient à cœur, un combat que je mène avec les habitants d’une petite commune. C’est celle de Noisau qui se bat contre l’installation d’un centre pénitencier. Dans cette partie du Val-de-Marne, il y a encore de belles terres vertes, de belles terres agricoles. On aurait aimé maintenir ce côté verdoyant dans la circonscription. C’est un combat difficile. Le Val-de-Marne est aussi une terre de champions, au niveau sportif et entrepreneurial. une région qui reste à découvrir. »

La loi a été promulguée le 10 juillet 2019

Blacknews Page : Femme et députée, est-ce un atout ou pas :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : « J’ai été choisie parce que je suis une femme, il en fallait une femme sur la circonscription où je suis depuis 2017. C’était un souhait du Président Macron, d’avoir une parité hommes/femmes aux législatives. Seulement, mon mandat, je ne le vis pas en me disant, je suis une femme. Je suis avant tout, une française, une élue et j’œuvre pour l’ensemble de mes concitoyens. Mais, il faut quand même le reconnaître, le fait d’être une femme, fait que parfois, on est obligées de se battre beaucoup plus que si on est un homme. Il y a pu avoir des réflexions sexistes. Comme le fait de me dire de me taire car je ne connais pas le sujet, sans doute parce que je suis une femme. Je fais fi de tout cela. Je remets les gens à leur place, je continue d’être ferme sur certains sujets. Dans le même temps quand on est une femme et que l’on s’adresse aux gens avec fermeté, on nous dit parfois de nous calmer. Ce qui voudrait dire que nous sommes hystériques. C’est cela le côté négatif. »

Blacknews Page : Votre vie politique et votre vie familiale, sont-elles compatibles :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : « Un mandat législatif, cela peut tuer une famille, peut tuer une histoire. Je savais qu’il y avait des personnes divorcées ou séparées  du fait du mandat, cela c’est encore vu durant cette législature. J’étais célibataire et au cours du mandat j’ai rencontré quelqu’un. Il faut de la disponibilité pour les gens qu’on doit représenter, il faut de la disponibilité aussi pour sa famille, pour son conjoint, sa conjointe. Il faut vraiment pas s’oublier dans ce mandat. J’a donné beaucoup, beaucoup. Si je dois avoir un autre mandat, maintenant que je maîtrise plus l’organisation législative, j’accorderais plus de temps à mes proches, c’est-à-dire plus de temps pour moi. Il m’est arrivée pendant 4 ou 5 jours, de ne pas voir mes enfants, on dort pourtant dans la même maison. Quand on se «tombe dessus», on en profite au maximum. J’ai vraiment beaucoup de mal à supporter leur absence. C’est la chose la plus difficile à vivre dans ce mandat. J’ai eu l’occasion de rentrer à 5h ou à 6h du matin, fatiguée mentalement et ne pas pouvoir être réactive. C’est épuisant et cela peut flinguer une vie de couple, une vie de famille. Et pourtant c’est précieux, une vie de couple, une vie de famille. »

Blacknews Page : Êtes-vous une personne heureuse :

Maud Petit (Députée Modem) du Val-de-Marne : «Je le suis depuis que je suis née et le resterai jusqu’à la fin de mes jours. Je crois d’ailleurs que je vais mourir de rire même si j’ai des périodes de galères,  de doutes, de tracas, de tristesse. Mais malgré tout cela, globalement, je me définis comme une femme heureuse.  Je suis une femme optimiste. Je suis formatée pour être une femme heureuse. Je sais que c’est contagieux, pour cette raison, j’aime aller au contact des gens. Après nos échanges, ils me disent souvent que je suis quelqu’un de rayonnant et de lumineux et cela me touche beaucoup. Je partage un peu le bonheur avec eux. »

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook @Blacknews page – Image AN – DR