Un prêtre gay Noir de New York défie l’église catholique

Le Vatican qui soutient que les gays et les lesbiennes doivent être traités avec dignité et respect, précise dans le même temps que le sexe gay est « intrinsèquement désordonné ». Un prêtre rebelle afro-américain qui officie parfois à l’église catholique St. Charles Borromeo de Harlem s’oppose ouvertement aux dogmes de la religion chrétienne catholique. Le révérend Bryan Massingale qui a rendu public son homosexualité en 2019, envisageait un monde « où la dignité de chaque personne est respectée et protégée, où chacun est aimé ».

Dans sa paroisse trône deux portraits. Celui de Martin Luther King mais aussi celui de Martin Luther, le moine, professeur de théologie qui au XVIème siècle critiquait l’Église catholique. Et comme l’Allemand Martin Luther, Bryan Massingale est souvent en contradiction avec l’enseignement catholique. Il soutient l’ordination des femmes et rend le célibat facultatif pour le clergé catholique. Et, en tant qu’homme gay, il manifeste son désaccord d’avec la doctrine de l’église sur les relations homosexuelles, plaidant plutôt pour la pleine inclusion des catholiques LGBTQ au sein de l’église.

 

Bryan Massingale et le racisme

Bryan Massingale est né en 1957 à Milwaukee. Sa mère était secrétaire d’école et son père ouvrier d’usine dont la famille a émigré du Mississippi pour échapper à la ségrégation raciale. Selon lui, son père ne pouvait pas travailler comme charpentier, car il lui était impossible, en tant que Noir, d’adhérer au syndicat des charpentiers. La famille a encore connu le racisme lorsqu’elle déménage dans la périphérie de Milwaukee et fréquente une paroisse majoritairement blanche.

Plus tard, à l’âge adulte, Bryan Massingale sera personnellement confronté au racisme quand il est ordonné et qu’il célèbre sa première messe dans une église à prédominance blanche. Il raconte au magazine AP. « Père, votre présence ici est la pire erreur que l’archevêque ait pu commettre. Les gens ne vous accepteront jamais » laisse entendre un paroissien.

S’il a pensé quitter l’église, Bryan Massingale s’est ravisé, s’encourageant lui-même : « Je ne vais pas laisser le racisme de l’église me priver de ma relation avec Dieu. Je considère que ma mission est de faire de l’église ce qu’elle prétend être : plus universelle et l’institution que je crois que Jésus veut qu’elle soit », martèle-t-il.

Le prêtre affronte l’église et le Pape François

En 2018, les évêques américains ont publié une lettre pastorale dénonçant « la persistance du mal du racisme », mais Bryan Massingale a été déçu. « L’expression « nationalisme blanc » n’est pas mentionnée dans ce document. De plus, il n’identifie pas le mouvement Black Lives Matter », note Bryan Massingale. « Le problème avec les enseignements de l’église sur le racisme est qu’ils sont écrits d’une manière qui est calculée pour ne pas déranger les blancs. » constate le prêtre.

Selon une enquête réalisée en 2021 par le Pew Research Center, près de la moitié des adultes noirs américains élevés dans la religion catholique ne s’identifient plus comme tels, et beaucoup deviennent protestants. Environ 6% des adultes noirs américains s’identifient comme catholiques et près de 80% pensent que s’opposer au racisme est essentiel à leur foi, selon l’enquête.

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook @Blacknews page – Images ©️AP Photo/Jessie Wardarski