Comme à l’OFB en Guadeloupe, des postes qui échappent aux locaux

Le jeudi 22 octobre 2021, Ary Chalus, le président du Conseil Régional de la Guadeloupe n’avait pas assez de mots pour féliciter Sylvie Gustave-dit-Duflo. La guadeloupéenne était élue présidente du Conseil d’administration de l’OFB, l’Office français de la biodiversité. Il déclarait à l’époque que l’élection de la Vice-présidente de la Région Guadeloupe représentait : « Une belle consécration » pour celle « qui s’est engagée activement, dès 2019, lors des différentes étapes de création de la première Agence régionale de la biodiversité des îles de Guadeloupe (ARB-IG) ». Trois mois plus tard, si les compétences de Sylvie Gustave-dit-Duflo ne sont pas remises en causes c’est pour une autre raison que la présidente de l’OFB refait parler d’elle.

70% des jeunes sont au chômage en Guadeloupe

Des internautes dont de nombreux originaires de la Guadeloupe s’interrogent. Sur la page Facebook de la Vice-présidente, la présentation de son équipe pose questions. L’ensemble du personnel qui compose l’Office français de la biodiversité est en majorité issu de l’Hexagone, de métropolitains comme désignés couramment aux Antilles. Delà à irriter certaines personnes de la société civiles et associatives qui commentent : « sur cette faute politique grave sur un territoire où 70% des jeunes sont au chômage en pleine crise sociale » déclare un ancien soutien de Cédric Villany aux municipales de 2020. Selon, le guadeloupéen « cette situation par similitude n’aurait pas manqué de créer un malaise en Hexagone ». Mais qu’en est-est-il exactement, est-ce volontaire ou Sylvie Gustave-dit-Duflo n’avait-elle pas le choix?

Une vraie question qui anime depuis très longtemps les acteurs politiques ou associatifs aux Antilles. Les postes de dirigeants échappent trop souvent aux jeunes et même moins jeunes des îles. Si le constat est souvent énoncé, les solutions sont peu amènes de changer cette situation décriée et souvent dénoncée par les syndicats locaux. D’autres marquent des signes racistes d’autres revendiquent à tort ou pas le manque de compétence dans des domaines particuliers. Pourtant, ces îles ont un taux de réussite qui pourrait faire pâlir l’Hexagone. Il y a urgence à sauver les emplois pour les locaux aux Antilles françaises. En 2015, La Région de Guadeloupe y participe à sa façon. L’institution guadeloupéenne a lancé le programme régional de réussite scolaire et éducative. Entre temps, l’Insee a rendu un rapport, c’était en novembre 2021.

Une égalité de principe, des inégalités de fait

Selon l’organisme, le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) s’établit à 17% de la population active âgée de 15 ans ou plus en moyenne pour l’année 2020, plus de deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine. Un constat qui dérange lorsque des responsables de haut niveau ne parviennent pas à participer à l’embauche local, s’agacent souvent les originaires des Outre-mer. En réponse certains avancent avec prudence que parmi les recrutés de l’OFB, bon nombre sont nés en Guadeloupe. Ce qui ne désarme pas les détracteurs et mécontents d’une situation critique qui défavorise les locaux qui rêvent de s’inscrire dans l’avenir de leur île. Leur confier des responsabilités importantes pourraient faire partie de la solution.

Suite à la longue crise sociale de 2009, une analyse complète sur l’égalité aux Antilles mettait en exergue les failles du sytème français pour les Antilles françaises : « Une égalité de principe, des inégalités de fait »

Mises à l’écart et rivalités

Dans la logique républicaine où règne le diplôme, les jeunes Antillais ne sont pas préparés à lutter à armes égales pour occuper les emplois ouverts par la départementalisation. Plusieurs, précédemment en poste, sont remplacés par des fonctionnaires métropolitains. La concurrence est disproportionnée en termes de qualifications et de formations. Après le lycée, la poursuite d’études ne peut se faire qu’en quittant les îles. L’accession à de nouveaux rôles sociaux, inscrite au cœur de la demande d’assimilation, est freinée, voire interdite. Plusieurs élus tentent d’attirer l’attention du conseil général sur les conséquences d’une telle situation « considérant que cette inégalité de développement, si elle n’était pas corrigée, rendrait illusoire le bénéfice de l’assimilation ». Ce qui a tout l’air d’une ségrégation suscite des commentaires scandalisés dans la presse : « Les plus humbles d’entre nos compatriotes ont le sentiment que pour dégoûter les masses populaires de l’assimilation, ou dans le but de procurer de lucratifs emplois à des gens qui veulent fuir les privations de la vie en métropole, on bouscule systématiquement l’élite issue du sol natal pour laquelle s’est sacrifiée la collectivité guadeloupéenne » .

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Image OFB/Facebook Source Capital/Insee/Cair Info