Ruby Bridges aura une année 1960 stressée et humiliante pour ses parents

Ruby Bridges avait six ans quand des officiers fédéraux l’ont escortée pour sa première entrée en classe primaire. Lors de son investiture en janvier dernier, Kamala Harris en mettant symboliquement ses pas dans celles de la petite fille noire, traduisait le courage et la résistance de l’enfant. Si la photo de Ruby a fait le tour du monde, peu de gens savent ce qu’a enduré la fillette qui devenait dans le même temps, la première enfant afro-américaine à fréquenter une école primaire publique dans le sud des États-Unis.

Cette année 1960, la petite Ruby Bridges n’est ni autorisée à aller à la cafétéria ou à la récréation. Il faut éviter qu’elle rencontre les autrres élèves de l’école. Quand elle devait se rendre aux toilettes, les agents fédéraux l’accompagnaient dans le couloir. Des souvenirs que, résiliente, Ruby Bridges raconte avec émotion au travers de sa fondation, la Ruby Bridges Foundation, dont le siège est à la Nouvelle-Orléans. Elle y promeut la tolérance et le respect.

Kamala Harris, Ruby Bridges en ombre chinoise

Ruby Nell Bridges escortée le premier jour de classe

Les premières semaines de Ruby à l’école William Frantz ne sont pas simples. A plusieurs reprises, elle sera confrontée à un racisme flagrant au vu et au su de ses escortes fédérales. Lors de son deuxième jour d’école, une femme menace de l’empoisonner. Une autre fois, la fillette est  « accueillie » par une femme brandissant une poupée noire dans un cercueil en bois. La mère de Ruby n’arrêtait pas de l’encourager à « être forte et à prier en entrant à l’école », ce qui lui a donné du courage

Ruby Nell Bridges est née le 8 septembre 1954 à Tylertown dans le Mississippi. Elle grandit dans la ferme que sa famille occupait dans le Mississippi. Quand elle a 4 ans, ses parents, Abon et Lucille Bridges, déménagent à la Nouvelle-Orléans. Son père trouve un emploi de pompiste et sa mère fait des emplois de nuit pour aider à subvenir aux besoins de leur famille qui s’agrandit. La petite Ruby a deux frères et une sœur plus jeunes.

La petite fille du Mississipi débarque à la Nouvelle-Orléans

Ruby Bridges vivait à cinq pâtés de maisons d’une école primaire. L’écolière fréquente une classe  de maternelle à plusieurs kilomètres de chez elle. Une école exclusivement réservée aux Noirs. Avec six autres Afro-américains, elle est choisie pour passer un test qui lui permettra de fréquenter ou non une école publique blanche. Selon les rumeurs, le test se devait d’être particulièrement difficile. L’idée étant de voir échouer tous les enfants afro-américains. Ce qui justifierait la suite ségrégationnistes des écoles de la Nouvelle-Orléans.

Le père de Ruby ne veut pas qu’elle passe le test. Il est persuadé que si elle réussit et, est autorisée à aller à l’école publique blanche, il y aurait « des problèmes ». Sa mère réussit à convaincre le père de l’enfant. Enfin en 1960, les responsables de la NAACP annoncent aux parents que Ruby a passé avec succès le test d’admission.

Ruby Nell Bridges rentre dans l’histoire américaine. Elle sera, à cette époque, la seule élève afro-américaine à fréquenter l’école William Frantz. Et le premier enfant noir à fréquenter une école primaire dans le Sud. Mais son entrée sera retardée.

Ruby Nell Bridges

Le premier jour d’école commence en septembre, Ruby Nell Bridges n’a pas quitté son ancienne établissement. Tout au long de l’été et au début de l’automne, l’État de Louisiane manifeste son opposition à l’ordonnance du tribunal fédéral. L’objectif est de ralentir le processus d’intégration de la petite élève. Après avoir épuisé toutes les tactiques de blocage, l’Assemblée législative cède finalement. Et les écoles désignées ouvrent leurs portes bon gré, mal gré, en novembre.

Craignant qu’il y ait des troubles civils, le juge du tribunal fédéral du district demande de l’aide aux États-Unis. Le gouvernement de Dwight Eisenhower envoie des officiers fédéraux à la Nouvelle-Orléans pour protéger les enfants.

 « Elle a juste marché comme un petit soldat. »

Ruby Bridges est escortée le 14 novembre 1960 à l’école William Frantz. Les fédéraux conduisent Ruby et sa mère à sa nouvelle école. Dans la voiture, un agent leur explique qu’à leur arrivée à l’école, deux commissaires marcheraient devant Ruby et deux autres seraient derrière elle. L’image de cette petite fille noire escortée à l’école par quatre grands hommes Blancs a inspiré Norman Rockwell pour créer le tableau « Le problème avec lequel nous devons tous vivre », qui a fait la couverture du magazine Look en 1964. A cause des médias et des manifestants, la jeune Ruby passera son premier jour d’école dans le bureau du directeur.

Lorsque commence le cours, Ruby est la seule élève de sa classe. Les familles ont soustrait leurs enfants de l’école. Deux semaines plus tard, le 5 décembre 1960, seuls dix-huit autres étudiants suivent les cours à William Frantz. Plusieurs années plus tard, l’officier fédéral Charles Burks, l’une de ses escortes, a rapporté avec fierté que Ruby « avait fait preuve de beaucoup de courage ». Elle n’a jamais pleuré ni pleurniché, a déclaré Burks : « Elle a juste marché comme un petit soldat. » Elle était escortée à sa nouvelle école par des agents fédéraux ou conduite par un taxi chaque jour.

La famille perd son travail et est isolée

Ruby Bridges n’était pas seule à subir le racisme. Sa famille a également souffert. Son père a perdu son emploi et ses grands-parents ont été expulsés de la terre qu’ils avaient métayée pendant plus de 25 ans. Alors que l’épicerie où la famille faisait ses courses leur était interdite, des citoyens Noirs et Blancs commencent à montrer leur solidarité au Bridges. Un voisin trouvera un travail au père de Ruby, tandis que d’autres se sont portés volontaires pour garder les quatre enfants, surveiller la maison ou accompagner Ruby durant son trajet scolaire.

Ruby montre des signes de stress.

Aux vacances d’hiver, Ruby montre des signes de stress. Elle fait des cauchemars et réveille sa mère au milieu de la nuit. Elle ne déjeune plus dans sa classe où elle mangeait seule. Voulant être avec les autres élèves, l’enfant refuse les sandwichs que sa mère lui prépare. Quand le concierge découvre des souris et des cafards dans les sandwichs placés dans une armoire, c’est sa mère qui vient déjeuner avec elle dans la classe.

Ruby a dû consulter un psychologue pour enfants, le Dr Robert Coles, au cours de sa première année à l’école William Frantz. Le spécialiste voyait Ruby une fois par semaine à l’école ou chez elle. Il écrira plus tard une série d’articles pour Atlantic Monthly et éditera une série de livres sur la façon dont les enfants gèrent le changement. Robert Coles publiera un livre pour enfants sur l’expérience de Ruby Bridges.

Peu à peu, des familles ont réinscrit leurs enfants dans la classe qui accueillait Ruby. Les manifestations et les troubles civils se sont atténués au fil de l’année. La seconde année, les manifestants avaient déserté les abords de l’école.

Ruby Bridges diplômée vit encore à la Nouvelle-Orléans

Ruby Bridges est diplômée d’un lycée de la Nouvelle-Orléans et réside toujours dans la ville. Elle a 4 enfants. Agent de voyages, elle a travaillé pour American Express à la Nouvelle-Orléans.

En 1999, Ruby Bridges a formé la Ruby Bridges Foundation. La fondation promeut les valeurs de tolérance, de respect et d’acceptation de toutes les différences. Par l’éducation et l’inspiration, la fondation cherche à mettre fin au racisme et aux préjugés. Comme le dit sa devise « Le racisme est une maladie d’adultes et nous devons cesser d’utiliser nos enfants pour le propager ».

Ruby Bridges et Kamala Harris (Facebook)

 

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Images Luminee – Ruby Bridges Facebook