Créolité-«Mois Kréyol» : La version guyanaise de «Bernada Alba»

Depuis 1930, le drame en 3 actes de l’espagnol Federico Garcia Lorca qui se déroule dans un petit village andalou, hante les esprits. « La Maison de Bernada Alba » garde encore une partie de son mystère. Si de nos jours les femmes ont fait tomber les tabous et semblent plus libres, sont-elles vraiment comprises?

Dans le cadre du « Mois Kréyol », la guyanaise Odile Pedro Leal a présenté « Bernada Alba from Yana » une nouvelle version du texte de l’auteur espagnol Federico Garcia Lorca. Avant d’être exécuté par des milices franquistes six ans après cette œuvre magistrale, le dramaturge montrait à quel point la vie et l’ambiance rurales l’avaient imprégné et avaient influencé son œuvre.  « J’aime la terre. Je me sens lié à elle dans toutes mes émotions. Mes plus lointains souvenirs d’enfant ont la saveur de la terre. Les bestioles de la terre, les animaux, les gens de la campagne » écrivait l’artiste. « La Maison de Bernada Alba », son dernier texte, décrit les travers d’une famille rurale prise dans les mailles des traditions et de la bienséance religieuse dans le Sud de l’Espagne.

Dans le texte initial « Bernarda Alba », une femme d’une soixantaine d’années vient de perdre son mari (Senior Alba) et se prépare à huit ans de deuil. Tyrannique, la vieille femme respectée de tous dans son petit village oblige ses cinq filles célibataires mais adultes, à suivre à la lettre ses consignes.

«La Maison de Bernada Alba» de Federico Garcia Lorca revisitée

Odile Pedro Leal a fait de  « La Maison de Bernada Alba » un autre chef-d’œuvre. Elle explique pourquoi ce texte l’a interpellée. Elle était encore élève au Conservatoire d’Art Dramatique : « J’ai trouvé ce texte superbe. Il me parlait parce qu’il parle des femmes Poto-mitan. Il décrit le matriarcat que nous connaissons dans le Sud. Federico Garcia Lorca décrit mon univers. Je suis guyanaise. Chez nous les femmes sont obligées de se battre, de se donner la main. Même d’avoir le mauvais rôle comme Bernada qui doit surveiller ses filles. J’ai adapté ce texte à notre créolité. Je l’ai transposé pour mieux la partager dans toute la France. Je suis partie du microcosme guyanais, du microcosme créole, de ce mélange culturel pour parler à l’universel. Le texte de Federico Garcia Lorca le permet ». 

L’histoire pourrait se dérouler en Guyane, en Martinique ou en Guadeloupe où les codes, les langues, les traditions, la créolité se mêlent sans heurter. Le public du Conservatoire Maurice Ravel a montré son adhésion totale à cette adaptation réussie. Si Odile Pedro Leal reconnait que les filles de Bernada prennent des libertés sur scène, elle reste consciente qu’il y a du chemin à parcourir. « Nous sommes loin du compte. Et c’est ce que nous montrons dans cette pièce de théâtre. Nous montrons le manque d’amour et soulignons le manque d’égalité. Ce que les femmes subissent encore, comme cet enfermement dans la Maison de Bernada Alba quand le père meurt. Les filles ne peuvent pas choisir leur mari. Elles doivent attendre leur tour ».

Les inégalités entre les femmes et les hommes

La comédienne, directrice artistique et metteure en scène, Odile Pedro Leal poursuit :  « Je trouve que le texte de Federico Garcia Lorca vieillit très bien. Il nous permet de nous exprimer sur cette inégalité entre les hommes et les femmes dans la société d’aujourd’hui ». Et, comme dans toute tragédie, la mort arrive. L’espoir s’en va. Adela la plus jeune sœur se rebelle contre « le carcan social » et c’est le drame . « Parce que la vie est plus forte. L’évolution du monde est plus forte » s’insurge Odile Pedro Leal. « Cette révolte est nécessaire pour faire avancer la société. Cette jeune fille montre son opposition au rôle qu’on donne aux femmes. » résume la metteure en scène.

Créolité et mixité chez « Bernada Alba from Yana »

« Cette créolité là (entre la Martinique, la Guadeloupe ou la Guyane) est faite de mélange de notre histoire. Elle est faite de cette mixité de peuples, de races. Et c’est bien de la partager ici car elle n’est pas assez présente dans la culture française. Ce texte révèle aux autres ce que nous femmes Noires faisons au théâtre, dans la société en France. J’aurais pu diriger une pièce d’Aimé Césaire, sortir des tiroirs tous ces textes de nos auteurs antillo-guyanais » Odile Pedro Leal assure pour conclure cet entretien, qu’il s’agit là de « notre part de contribution à la société et à la culture française ».

Les comédiens : Irène Bicep. Cornelia Birba. Micheline Dieye. Sarah Jean-Baptiste. Ophélie Joh. Jean-marc Luret. Emilie Simonnet. Maïté Vauclin. Odile Pedro Leal (Metteure en scène).

Après la Guyane, le Festival d’Avignon, la Martinique, la troupe de « Bernada Alba from Yana » se produira en novembre en Guadeloupe.

Reportage et Images Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page

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