«Yafa» : Luc Saint-Eloy fier de l’Ubuntu d’Or de Christian Lara

Les lumières s’éteignent sur les Champs-Elysées, le cinéma Lincoln clôture sa dernière journée de Festival. Ce samedi 30 octobre 2021, deux acteurs attendent le palmarès de la troisième édition de « L’Afrique fait son cinéma ». Trois films sont programmés pour la cérémonie de clôture. Presque 21 heures quand commence la remise des Ubuntu d’Or. Après les séries télévisées et les courts métrages de fictions et documentaire, c’est au tour des longs métrages. Luc Saint-Eloy et Sidiki Bakaka n’ont pas les mots pour traduire leur surprise. Le long métrage de Christian Lara, Yafa, Le Pardon reçoit le grand prix du Festival. L’Ubuntu d’Or, la consécration !

Chaviré d’émotions, les deux acteurs antillais et africain se confient. Un entretien exceptionnel qu’ils nous accordent. « C’est un grand moment. Aujourd’hui, c’est la première sortie officielle de «Yafa, Le Pardon». C’est sa première diffusion parisienne et nationale. Et cette 24 ème production de Christian Lara, remporte le grand prix du Festival. Avoir l’Ubuntu d’Or, c’est vraiment mérité. C’est un honneur de représenter Christian Lara en compagnie de Sidiki Bakaba. C’est le trait d’union entre l’Afrique et les Antilles. Je suis très content. Ravi pour Christian Lara mais aussi pour toute l’équipe du film ». 

«Yafa, Le Pardon» est «un film courageux»

Luc Saint-Eloy ne cache plus sa joie. Il en est sûr  : « Ce film est très mérité car c’est un film courageux. C’est un film que Christian appelle une mémory-fiction. C’est un film qui démasque et dénonce le mensonge européen. C’est un film qui nous apprend beaucoup plus sur notre passé. Il nous révèle tout ce que l’on nous a cachés. C’est un long métrage qui nous dit d’où nous venons. Il dit à l’Europe « vous avez eu tort de mentir à ce point. Vous avez eu tort de falsifier l’histoire ».

Tous les enfants arrachés d’Afrique, que sont-ils devenus ? c’est à l’une de ces nombreuses questions que s’intéressent «Yafa, Le Pardon». « C’est nous, c’est Christian Lara, ce sont les Antillais, les Antillo-Guyanais. Nous voulons tout simplement dire à l’Afrique que nous sommes vivants, bien debouts, à la verticale malgré cette histoire tragique. Et nous voulons également dire au monde que nous sommes fiers d’être sortis d’Afrique. Nous tenons à dire aussi que nous sommes de vrais Afro-descendants ».

Le long métrage est en panne de distributeur

Ce film, se désole Luc Saint-Eloy, est un long métrage qui dérange. « Il ne fera sans doute pas plaisir à tout le monde. Quand on dit la vérité dans ce pays, on le paye très cher. » atteste l’acteur guadeloupéen. En 2000, lors de la prestigieuse soirée des Césars, le comédien bousculait la grande famille du cinéma. Son texte écrit et rédigé dans la précipitation évoquait les difficultés des minorités visibles.

21 ans plus tard, les mêmes difficultés, les mêmes interrogations demeurent. « Aujourd’hui, Christian Lara qui est le petit-fils du premier historien guadeloupéen, met les points sur les i. Ce film est extrêmement courageux et il peine à trouver un distributeur. » déplore Luc Saint-Eloy qui poursuit. «Je crois qu’il va falloir se battre pour que ce long métrage sorte et trouve son public .» 

Christian Lara doit être honoré de son vivant

Le Jury de 20 professionnels de «L’Afrique fait son cinéma» a primé le film que Christian Lara nomme une mémory-fiction. « Je suis venu avec Sidiki Bakaba, on ne s’attendait à rien. Et c’est vraiment un très belle surprise. » Une distinction que Luc Saint-Eloy adresse personnellement à son réalisateur. « Christian Lara mérite d’être couronné, d’être encouragé vraiment il faut le faire de son vivant ».

Les derniers mots seront ceux de Sidiki Bakaba qui se dit heureux et comblé. « Des vérités sont dites dans ce film. On ne s’attendait pas à cela. On ne pensait pas que le Jury ait le courage de primer ce long métrage. Ce qui m’a frappé aux Antilles quand il a été projeté, ce sont les voix des mamans. Elles disaient « Il faut aller voir ce film ». Pour ma part, je ferai tout pour que les enfants d’Afrique puissent voir «Yafa, Le Pardon» . Sidiki Bakaba, ajoute avec un large sourire aux lèvres : « Je suis un homme heureux aujourd’hui. Je vais pouvoir appeler mon pays pour dire « Nous avons gagné un prix ».  

Être acteur, c’est endosser une mission

« Doyen, grand frère,  merci de m’avoir fait rencontrer Delgrès, moi qui ai campé le rôle de Toussaint Louverture. Ça été un héritage perdu, c’est aujourd’hui, un héritage retrouvé » atteste Sidiki Bakaba.

Luc Saint-Eloy qui collabore depuis 25 ans avec le réalisateur de «Yafa, Le Pardon», réitère sa « profonde reconnaissance. Je suis en quelque sorte son acteur fétiche. Le cinéma de Christian Lara m’a nourri, m’a fait grandir. Sa confiance en moi m’a consolidé. Alors que je suis blacklisté depuis mon intervention aux Césars, je peux continuer mon métier grâce à lui. Au travers de ses réalisations, je peux dire au monde qui nous sommes et d’où nous venons. Pour moi, être acteur, c’est une mission ».

Reportage & Images Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page

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