«Freda» primé à Cannes décrit une «Haïti à fleur de peau»

Après avoir remporté plusieurs prix dans la ville cannoise, la réalisatrice haitienne, Gessica Généus, a présenté à Paris son long métrage «Freda» à la communauté antillaise. Mardi 5 octobre, au 7 parnassiens dans le 14ème arrondissement, haïtiens, guadeloupéens, martiniquais et amis sont venus soutenir la cinéaste, prix d’Un Certain Regard 2021 à Cannes. L’occasion pour la cinéaste de dévoiler les coulisses de ce superbe film, à la fois touchant, révoltant mais ancré dans une réalité écrasante.

Deux soeurs de deux «lits» différents, l’une claire (Esther) et l’autre à la peau foncée (Freda) sont confrontées aux rigueurs de la vie haïtienne. Elles essaient d’en tirer le meilleur partie pour survivre. L’environnement est celui que de nombreux haitiens connaissent, entre catastrophes, séismes et les petits boulots incontournables pour se nourrir chaque jour que Dieu fait.

«Freda» le nouveau film de Gessica Généus

Gessica Généus aborde tous les problèmes du pays à travers «Freda» ou presque tout avec pureté et sincèrité. Le travail des acteurs est une réussite, les quartiers de Port-au-prince absorbent les préoccupations des protagonistes. Bousculés, rassurés les personnages sont happés par le pragmatisme  de ces femmes qui pourraient être nos mères, nos soeurs, nos tantes antillaises. La réalisatrice décrit sa propre vie avec des mots à fleur de peau, dit-elle à la fin de la projection.

Euzhan Palcy à l'avant première de «Freda

Ce film est presque autobiographique

«Dans ce film, on souhaitait vraiment voir nos mères, nos tantes, nos cousines. J’ai grandi dans une famille de femmes. J’ai grandi entouré de femmes qui se relayent les responsabilités. Des femmes qui forment une communauté pour s’entraider, pour survivre. Toutes ces femmes, j’ai grandi avec elles. Cet univers c’est vraiment le mien, c’était cela le souhait. Je regarde ma mère aujourd’hui, je regarde beaucoup de femmes autour de moi qui se sont énormément impliquées dans le combat de ce pays. Des femmes qui se sont battues pour que cela aille mieux en Haïti.. »

Audrey Pulvar à l'avant première de «Freda»

«Aujourd’hui, on a l’impression que cela va de pire en pire. Il y en a qui le supporte très mal dont ma mère qui a complétement sombré dans la schizophrénie, dans la dépression profonde. Parce qu’elle n’arrivait pas à comprendre ce qui n’avait pas été fait. Ma mère, je pense qu’elle a pris le poids de ce pays sur son dos,  en se disant que c’était à elle de faire quelque chose. Comme beaucoup d’haïtiens qui ont cette posture aussi par apport à la situation d’Haïti. Ils ne sont pas haïtiens, ils sont Haïti, et tout doit passer par eux. Si la roue ne tourne pas dans le bon sens, c’est qu’ils ont fait quelque chose qui a mal tourné. »

Ce film est «un miroir» de la société haitienne

«Pour moi c’était essentiel de porter un miroir sur cette société, et que nous ayons ce film qui nous permet de nous regarder en face. Toutes les choses qui nous plaisent mais aussi celles qui ne nous plaisent pas. Ce qui nous dérange, ce qu’on refuse de regarder car à force d’avancer dans le quotidien, on n’a pas le temps de s’y attarder. Il se passe tellement de catastrophes en Haïti qu’on a pas le temps de prendre du recul, on n’a pas le temps de respirer par apport à tout cela. Pour conclure, aujourd’hui la douleur s’installe tellement en toi que tu n’es plus capable de sentir la douleur, l’émoi ou le choc de ce qui se passe dans ce pays. »

Sortie officielle mercredi 13 octobre 2021.

«Freda» a remporté le prix Un certain Regard 2021 au Festival de Cannes et la mention Spéciale Découverte Prix François Chalais 2021.

Au centre, Keyza Nubret, organisatrice de la soirée d'Avant-Première au 7 Parnassiens

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Images Blacknews Page Data Journaliste – Photo couverture ©️Agence Ks-Nicolas.Oulma

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