Jacob Desvarieux dans Le « New York Times » et le Musée du zouk en Angola

Après de nombreux hommages, c’est au tour du quotidien new yorkais The New York Times de rappeler qui était le leader Jacob Desvarieux.  Le journaliste Jon Pareles du New York Times retrace l’histoire du cofondateur du groupe Kassav, mort le 30 juillet dernier en Guadeloupe. Jacob Desvarieux, le guitariste et chanteur n’a pas survécu au Covid-19. Plongé dans un coma artificel, il ne s’et jamais réveillé. Il est décédé à 65 ans à Pointe-à-Pitre.

Jacob Desvarieux, le leader du groupe Kassav

Jacob Desvarieux et le fondateur de Kassav’, le bassiste Pierre-Edouard Décimus, ont créé ce style appelé zouk en fusionnant les traditions afro-caribéennes des Antilles françaises avec une musique de danse électronique. La formation Kassav’ a réalisé près de deux douzaines d’albums et enregistré deux douzaines d’albums studio de membres en solo ainsi que de nombreux enregistrements en live.

Londres 2017

Le groupe Kassav’ a tourné dans le monde entier en vendant des disques par millions en France, dans la Caraïbe francophone et en Afrique. Jacob Desvarieux a façonné la grande majorité des chansons du groupe en tant que guitariste, auteur-compositeur, arrangeur ou producteur.  Sa voix était souvent la voix principale du groupe qui chantait en créole martiniquais. Emmanuel Macron, le président de la République, lui a rendu hommage en twittant  : « Le monstre sacré du zouk. Guitariste hors pair. Voix emblématique des Antilles. Jacob Desvarieux était tout cela à la fois.» 

Paris 2016

Une musique connectée à ses racines afro-caribéennes

Kassav’ a fait une musique volontairement connecté à ses racines afro-caribéennes. Ses albums mêlaient chansons d’amour et chansons de fête à des commentaires sociopolitiques, parfois formulés à double sens. Le cœur du rythme du zouk s’appuyait sur le gwo ka, de Guadeloupe, et le chouval bwa, de la Martinique.

« À travers notre musique, nous remettons en question nos origines », a déclarait Jacob Desvarieux dans une interview accordée en 2016 au journal français Libération. « Que faisions-nous là-bas, nous qui étions Noirs et parlions français ? Comme les Afro-Américains aux États-Unis, nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d’une histoire qui nous avait été confisquée. »

Il a ajouté : « Sans être des politiciens ou des militants, Kassav’ a tout porté. De nos visages aux thèmes de nos chansons, tout était très clair : nous étions antillais, il ne faut pas s’y tromper, nous voulions marquer notre différence.»

Naissance et adolescence du co-fondateur de kassav’

Jacob F. Desvarieux est né à Paris le 21 novembre 1955. Mais il s’installe rapidement en Guadeloupe, où est née sa mère, Cécile Desvarieux. Elle l’éleve seule. Ils ont vécu en Guadeloupe et en Martinique, à Paris et, pendant deux ans, au Sénégal. Quand Jacob avait 10 ans, il a demandé à sa mère un vélo. Elle lui a offert une guitare, la considérant comme moins dangereuse.

Londres 2017

Jacob Desvarieux un musicien né

De retour en France, il rejoint des groupes de rock dans les années 1970, jouant des chansons de Chuck Berry et Jimi Hendrix et travaille comme guitariste de studio. Sa musique est de plus en plus tournée vers les styles caribéens et africains, comme les compas d’Haïti, les soukous congolais (qui était alors le Zaïre), la rumba de Cuba, le highlife du Ghana et le makossa du Cameroun.

L’un de ses groupes dans les années 1970, Zulu Gang, comprenait des musiciens camerounais. Jacob Desvarieux a également travaillé avec le saxophoniste camerounais Manu Dibango, auteur du tube international « Soul Makossa ».

Kassav en 2017 (Blacknews Page)

Sa rencontre avecc Pierre-Edouard Décimus

En 1979, à Paris, Jacob Desvarieux rencontre Pierre-Édouard Décimus, un musicien guadeloupéen qui ambitionne de créer un nouveau groupe : fortement ancré aux Antilles mais tourné vers l’extérieur. « On cherchait une bande son qui synthétise toutes les traditions et les sons antérieurs, mais qui puisse s’exporter partout », révélait Jacob Desvarieux à Libération.

« Zouk-La-Se Sel Medikaman Nou Ni » (Le zouk est le seul médicament que nous ayons) a été lancé en 1984. Kassav’ sort son premier album, « Love and Ka Dance », en 1979. « C’était un succès parce que c’était de la musique antillaise – c’était local », précisait Jacob Desvarieux au magazine Reggae & African Beat en 1986.

En 1983, avec « Banzawa », un single de ce qui était initialement un album solo de Jacob Desvarieux, et qui est reconditionné en album de Kassav. L’album de 1984 « Yélélé », présenté comme un projet par Jacob Desvarieux et Georges Décimus (le frère de Pierre-Edouard) et plus tard crédité à Kassav’, comprenait le single « Zouk-La-Se Sel Medikaman Nou Ni ». Avec 100 000 exemplaires vendus, c’était le premier disque d’or d’un groupe antillais, et cela a conduit à la signature du groupe avec Sony Music, qui a distribué le disque à l’international.

Kassav à l’international

En 1988, Kassav’ est nommé Groupe de l’année par les Victoires de la Musique, prix décerné par le Ministère de la Culture. La popularité de Zouk a culminé à la fin des années 1980, Kassav’ a continué à attirer un public énorme. À partir des années 1980, le groupe a joué à l’Aréna qui reçoit 8 000 places à l’époque. Puis au Zénith, où il a enregistré des albums live en 1986, 1993, 1996, 2005 et 2016.

Pour son 30e anniversaire, en 2009, Kassav’ joue au Stade de France, et en 2019 son concert du 40e anniversaire à la Paris La Défense Arena disposait de plus de 40 000 places.

Le groupe antillais en Afrique

Kassav’ a tourné sur tous les continents et s’est forgé un public fidèle, surtout en Afrique. L’auteur-compositeur sénégalais Youssou N’Dour a écrit à propos deJacob Desvarieux sur Twitter : « Les Antilles, l’Afrique et la musique viennent de perdre l’un de leurs plus grands ambassadeurs ».

Au Luanda, la capitale de l’Angola, il y a un musée du zouk, La Maison du Zouk, qui possède une collection de 10 000 albums. Jacob Desvarieux et Pierre-Édouard Décimus ont assisté à son ouverture en 2012.

Jacob Desvarieux a aussi été choisi pour le cinéma et la télévision. En 2016, il est apparu en tant que cardinal africain dans la série HBO « The Young Pope ».

Le co-fondateur du groupe a accueilli des collaborations avec des musiciens d’Afrique et des Caraïbes, apparaissant sur l’album « The Carnival » de Wyclef Jean en 1997 et enregistrant des chansons avec le chanteur de reggae ivoirien Alpha Blondy et avec Toofan, un groupe du Togo.

« Laisse Parler les Gens », un single de 2003 que Jacob Desvarieux a réalisé avec la chanteuse guadeloupéenne Jocelyne Labylle, la chanteuse congolaise Cheela et le rappeur congolais Passi, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Jacob Desvarieux affaibli par une greffe de rein

Positif au Covid-19, Jacob Desvarieux, dont l’immunité était affaiblie car il avait subi une greffe de rein, a été hospitalisé le 12 juillet et placé dans un coma artificiel. Il a succombé à la maladie.

Tout au long de la carrière du groupe, même après que Kassav’ ait signé avec des labels multinationaux et encouragé à chanter en anglais, les paroles du groupe étaient toujours en créole. Jacob Desvarieux insistait sur son héritage insulaire. « La musique est une langue plus forte que la langue elle-même, disait Jacob Desvarieux en 1986. Si la musique plaît, la langue n’a pas d’importance ».

Le chanteur et co-fondateur du groupe Kassav’ aura une messe en sa mémoire le samedi 14 août à l’église Saint-Sulpice dans le 6ème arrondissement de Paris. La messe est prévue à 10h30.

D’après le texte de Jon Pareles pour The New York Times.

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Blacknews page – data Journaliste – Image Blacknews Page

 

 

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