Un verdict trop indulgent pense l’avocat, Sarita Six est déçue

Maître Gitton, l’avocat de Sarita Six reconnait la très grande indulgence du Tribunal. Bien que la martiniquaise soit reconnue comme victime, Sarita se dit déçue.

Avant de quitter le Tribunal ce vendredi soir, Sarita Six a pris soin d’envoyer un message de remerciement. De Martinique à la Guadeloupe, de la Réunion à la Guyane, la gendarme de réserve ne veut oublier personnes. Tous ceux qui depuis une semaine lui envoient des messages solidaires ou de soutien.

Sarita Six et son avocat Maître Gitton

Sarita Six est entendue en qualité de victime

Vendredi, presque deux ans après les faits, Sirita était confrontée à son ancien partenaire. Tous deux convoqués ce 11 juin 2021 pour répondre des violences subies par la gendarme réserviste.

Il est 13h 30 heures nous sommes au 5 Place André Mignot. Dès le portique de sécurité, nous parlons de violences et de féminicides. L’agent de contrôle qui fouille ce jour-là est d’origine camerounaise. Nous nous dirigeons vers la 7ème Chambre Correctionnelle du Tribunal Correctionnel de Versailles. L’huissier nous reçoit. Arrive l’avocat de Sarita Six, Maître Gitton. La discution se nourrit du nombre d’affaires de féminicide qui sont débattus tous les vendredis. L’huissier nous confirme que ces procès sont en augmentation constante depuis plusieurs mois.

Daniel Dalin et Antony Etelbert du Créfom - Sarita Six au milieu

Versailles, 7ème Chambre Correctionnelle

Dans la salle B du Tribunal, le public entre, plusieurs personnalités de la communauté antillaise se sont déplacés. Leur objectif, soutenir et donner du réconfort à Sarita Six. Du Conseil représentatif des français d’Outre-mer, ils étaient 4. Daniel Dalin (Président), Antony Etelbert (Secrétaire Général), Jean-Marc Justine (Crefom 78). À titre personnel et ancienne victime de violence conjugale, la martiniquaise Séverine Massol était présente.

Les accusés et prévenus installés, le Président de la séance lance le premier procès. L’occasion de découvrir Franck, l’ancien conjoint, le « bourreau » de Sarita. Placés sur deux rangs opposés, ils se tiennent à distance l’un de l’autre. Deux personnalités différentes se sont rencontrés, il y a deux ans. Soignée, Sarita en top à dentelle et pantalon imprimé est assise à côté de sa mère et de Leslie, l’ex-conjointe de Franck Da Encarnacao.

Le prévenu, au style estival souligne sa décontraction. Lunettes de soleil sur le front, boucles d’oreilles, Tee short bleu, chaussettes et short gris, Franck Da Encarnacao est corpulent et arbore un crâne dégarni. Il cherche Sarita des yeux et observe ceux qui l’accompagnent.

Entre temps, plusieurs cas de violence sur mineurs sont jugés. Tous d’une extrême violence.

Séverine Massol, Antony Etelbert et Daniel Dalin (à droite)

Le procès de Franck et Sarita Six

Dans la salle à l’air vieilli et aux tapisseries d’un autre âge, s’égrène les minutes et les heures. Il est enfin 17h 45, Franck D. est appelé à la barre. Il écoute le président qui résume pourquoi il est aujourd’hui confronté à la justice. Les violences sont nombreuses, récurentes et Chaina, la fille de Sarita, n’est pas totalement épargnée. Elle sert de remparts quelquefois. La fillette de 6 ans se place entre les deux conjoints pour protéger sa maman.

Sarita et Chaina logaient de 2018 à 2020 au domicile de Franck Da Encarnacao. Sis rue Jean-Jaurès, dans la commune de Follainville Dennemont dans les Yvelines.

La voix forte et posée, le portugais évoque quelques faits mineurs de violence. Il tente de les justifier. Mais, difficile d’excuser des menaces de mort en utilisant une hache. Alors qu’il a trois rappels à la loi pour  violences physique réitérées sur son ex-partenaire, l’homme qui se dit actuellement en formation de BTS a un casier vide de condamnations. Aujourd’hui, tout semble rentré dans l’ordre.

Franck D. rassure la cour. Depuis la plainte de Sarita Six en septembre 2019, il ne cherche plus à lui faire du mal.

Sarita Six arrive à la barre.

La voix fine, elle liste la série d’humiliations, de violences de toute sorte et les menaces de mort.  Un autre mauvais jour, il la saisi par la gorge, une hache dans l’autre main. Puis dégrade son véhicule toujours avec cette même hache. Cet autre exemple est glaçant de sadisme. Franck Da Encarnacao sait qu’elle a une entorse, elle s’est fait mal lors d’une séance sportive. Mais c’est sur cette douleur qu’il s’acharne quand il lui porte de violents coups de pieds. La douleur est intense mais les marques invisibles.

La procureure s’accroche à ce fait d’une grave violence. Sarita est en pleurs au premier rang. La jeune fonctionnaire a récolté et conservé beaucoup de preuves. Des Sms, whatsApp, photos et échanges pour convaincre de ses blessures. Trois années de tension sous fond d’adultère. Franck D. reste silencieux ou objecte de la tête.

Il se défend d’avoir eu un mauvais comportement de façon répété. Le prévenu accuse Sarita de vouloir garder les clefs de son domicile, alors qu’ils sont séparés. Répète à plusieurs reprises que la martiniquaise voyait en sa mère, une sorcière. Il parle de magie noire contre elle, d’insultes. Franck D. indique avoir eu recours aux gendarmes pour récupérer ses clefs mais également pour éloigner Sarita de chez lui.

La cour brosse son portrait.

Franck Da Encarnacao est désigné comme coupable de violences régulières, d’être dans un « état affectif troublé ». Le président constate que cet ex-conjoint « est dépressif et alcoolisé quand il la violente de façon régulière». Les sévices, comme ceux des brûlures de fers à repasser sont niés par l’accusé.

18h15. Franck D. annonce alors vouloir en finir. Il s’est « acheté une nouvelle vie. Il veut changer d’existence».

Cinq minutes plus tard, Me Gitton plaide. Il est l’avocat désigné par Sarita Six. Comme attendu, l’homme de loi décrit en Franck D. « quelqu’un qui cogne.».

L’air est lourd et les tensions de toutes les affaires précédentes pèsent. L’avocat est à peine audible. Le président de la séance prend note. La procureure reste très attentive au dossier.

18h28. Me Gitton énumère les dommages et intérêts pour sa cliente. Des sommes qui provoquent l’agacement du parquet qui réplique.

Enfin, la procureure se lève et s’insurge contre les faits de violences « extrêmes » sur Sarita Six. Elle demande que le prévenu soit reconnu comme coupable. Selon la procureure : «  cela questionne sur le rapport à la violence. Franck Da Encarnacao un profil inquiétant. Il est impulsif. Recherche des sensations fortes et ne reconnait pas ses torts». Il « pète les plombs» occasionnant une fois « 30 jours d’ITT psychologiques » pour la martiniquaise. Ses «micros coups de boule » expriment une autre forme de méchancetés. Pour le parquet, il y a un risque de récidive. Elle demande une peine de prison de 2 ans avec sursis probatoire. Et une obligation d’indemniser la victime ainsi que l’interdiction de contact et de détenir une arme.

Le verdict

Franck Da Encarnacao n’ayant aucune condamnation, il bénéfice « d’une grande indulgence », estime l’avocat de Sarita Six. Il est reconnu coupbale de violences conjugales mais pas de menaces de mort. L’antillaise est édifiée et dévastée. Des procès verbaux de différentes plaintes ont disparu de la gendarmerie concernée. Les juges de la 7ème Chambres Correctionnelle condamne le prévenu à 18 mois de prison avec sursis simple. Il devra verser 5 000 euros de dommages et intérêts à sa victime.

Et Sarita Six devient une nouvelle victime de violence conjugale en France. Déçue du verdict, elle s’est déclarée triste et déçue.

Samedi 12 juin, elle a décidé d’ouvrir une autre plainte, cette fois pour menaces de mort. L’affaire se poursuit.

Les réactions de l’avocat de Sarita Six et de Séverine Massol, victime également de violences conjugales.

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Cnews ACTUS Page – Images Cnews ACTUS Page

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