Vendu, exposé en cage comme singe, Ota Benga se suicide

Ota Benga, «mi-singe, mi-humain» pour certains, se suicide le 20 mars 1916 aux Etats-Unis. Il a 32 ans. Pourtant tous les curieux près de sa cage s’amusaient bien de ses facéties. Ils le croyaient heureux. Présenté d’abord dans une exposition anthropologique puis montré avec des singes, l’homme pourtant n’avait

qu’un souhait. Il désirait revenir chez lui, en Afrique.

Ota Benga est né dans la forêt de l’Ituri, à l’extrême Nord-Est de la République Démocratique du Congo. Son peuple Mbuti est un peuple nomade. Il se déplace  d’un lieu à un autre au gré des  saisons et des opportunités de chasse. Ota Benga s’est marié jeune et a eu deux enfants. Alors qu’il est encore adolescent, une guerre éclate à l’Est du Congo et des déportations massives commencent. Ce sont des raids d’esclavagistes arabes ou des invasions d’armée d’occupation dirigée par la Belgique à l’initiative du roi Léopold ll.

Ota Benga quitte le Congo

À la fin de l’année 1890, alors qu’il est à la chasse, les «soldats» du roi Leopold II découvre le camp où vit Ota Benga. Ils massacrent, violentent et tuent toute la famille du congolais. Ota Benga est capturé par des marchands d’esclaves qui l’enchaînent et le sortent de la forêt. Il devient fermier dans un village rural. C’est là, en 1904, qu’Ota Benga rencontre un homme qui changera à jamais son destin. Il croise la route de Samuel Phillips Verner. L’homme d’affaires américain vit en Afrique et il a une mission. Son objectif, pour l’exposition universelle de la Louisiane, est de trouver un petit Africain. Un des «chaînons manquants» dans l’évolution humaine. Il paie une livre de sel et un coupon de tissu pour posséder le «pygmée» congolais.

Pour se donner bonne conscience, l’américain affirmera plus tard qu’il avait «sauvé» Ota Benga d’une tribu cannibale. Celle-ci, l’ayant kidnappé. Samuel Phillips Verner a convaincu Ota Benga et huit autres Africains Batwa de le suivre à Saint-Louis.

Ota Benga dans le Bronx en 1906

À Saint-Louis Ota Benga est en tête des visites

Pour plaire à la foule, Ota Benga et les captifs vont se mettre à reproduire les danses et les hurlements de guerre qu’ils ont vus faire par les Indiens d’Amérique. Son propriétaire touche cinq cents livres pour que les visiteurs plus curieux voient ses dents.

L’exposition du 30 avril 1904 au 1er décembre 1904.

Après la Foire, Ota Benga voyage avec son maître Samuel Phillips Verner. Il aura cette étonnante opportunité de retourner au Congo. En 1905, il épouse une femme Batwa. Elle décède quelques mois plus tard. La mariée a été mordue par un serpent. Ota Benga retourne aux États-Unis. Il retrouve Samuel Phillips Verner. Nous sommes en 1906.

Ota Benga est conduit au Musée Américain d’Histoire Naturelle. The American Museum of Natural History. De nouveau, le congolais «amuse» les visiteurs en se faisant passer pour «un demi-humain babillard». Les châlands sont contents, mais le directeur refuse de payer Samuel Phillips Verner comme promis.

Ota Benga est transféré au zoo du Bronx. Le Parc animalier voulait agrandir la réserve des singes. Seule concession, Ota Benga peut circuler librement dans le parc du zoo. Son hamac est suspendu dans la cage des primates. Ota Benga figurait dans le catalogue d’exposition de la New York Anthropological Society sur l’évolution humaine. Exhibé chaque après-midi du mois de septembre 1906, sur le panneau de sa cage était inscrit :

Le pygmée du Congo

Le pygmée africain, Ota Benga
Âge, 23 ans. Hauteur, 4 pieds 11 pouces (1m49).
Poids 103 livres (environ 48kg). Apporté de la rivière Kasaï,
État indépendant du Congo, Afrique centrale du Sud,
Par le Dr Samuel P Verner.

La présence d’Ota Benga dans le zoo était si singulière que le lundi 10 septembre 1906, le New York Times publia un article. Sous le titre «Un Bushman partage une cage avec les singes du parc du Bronx», le journal rapportait qu’un soi-disant «pygmée» était exposé dans la zone des singes du plus grand zoo de la ville. La foule de curieux étaient longues jusqu’à 500 personnes. Des visiteurs qui se rassemblaient autour de la cage pour le «regarder faire». Ota Benga (moins de1m50) tirait à l’arc avec ses propres flèches. Quelquefois il tissait un tapis ou un hamac avec des paquets de ficelle placés dans sa cage.

Plus de 220 000 personnes visitent le zoo

Le clergé afro-américain sidéré, exige la libération d’Ota Benga. Ils font pression sur le gouverneur pour forcer le zoo à fermer l’exposition. Ota Benga est désormais sous la responsabilité de James Gordon. Le ministre qui avait participé à sa libérationr. Il est ensuite diriger dans l’orphelinat afro-américain du même James Gordon.

Malheureux de son existence, Ota Benga déménage à Lynchburg, en Virginie. Pourtant James Gordon a fait de son mieux pour améliorer ses concitions de vie. Il a géré les affaires de son protégé. Il l’a inscrit dans une école, a refait sa dentition. Ota Benga obtiendra un emploi dans une usine de tabac. Le congolais racontait à qui voulait l’entendre son histoire. Moyennant un bière gratuite !.

Ota Benga retenu contre sa volonté

En 1914, Ota Benga envisageait de retourner une nouvelle fois en Afrique. Ota Benga a commencé à épargner. Il avait un plan. Le vendeur de tabac cherchait à embarquer d’un port qui le ramènerait dans son pays natal. En vain. Eclate la Grande Guerre.

La Première Guerre mondiale suspend les expéditions transatlantiques. L’occupation allemande de la Belgique plonge le Congo dans un chaos bureaucratique. Plus personne ne peut entrer ou sortir du pays.

L’africain est déprimé ce 20 mars 1916. Il est toujours aux Etats-Unis contre sa volonté. Ota Benga se donne la mort. Il  suicide, d’une balle dans le cœur.

Source https://www.rt.com/news/336335-ota-benga-caged-pygmy/. https://www.theguardian.com/world/2015/jun/03/the-man-who-was-caged-in-a-zoo

Dorothée Audibert-Champenois – Facebook Blacknews Page – Cnews ACTUS Page – Images Wikimedia Commons

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