Martinique-«Insurrection» : Le film d’Erick Jean-Marie s’inspire des évènements de 1870, l’île était au bord de l’indépendance

Pour son premier long métrage qu’il signe comme réalisateur, Erick Jean-Marie est partie de rien. Personne ne pensait ce projet réalisable seul l’auteur lui-même.  Il a scénarisé, réuni les fonds, trouvé ses acteurs et réalisé « Insurrection », un film 100% martiniquais qui s’inspire d’un fait réel, un événement qui a ébranlé plusieurs mois la Martinique, colonie française de l’époque.

Erick Jean-Marie, réalisateur et acteur dans « Insurrection »

Dans cette production, il s’agissait pour Erick Jean-Marie d’expliquer comment un simple fait divers a embrasé une partie de l’île et conduit à des exécutions et à un procès pour l’exemple. Ce que l’Histoire nomme l’Insurrection du Sud de 1870, amènera à l’arrestation de 500 émeutiers dont Marie-Philomène Roptus, surnommée Lumina Sophie ou encore Surprise et l’exécution d’une dizaine de meneurs .

Mise à mort de Furcis Carbonnel, Louis-Gertrude Isidore, Cyrille Micamore, Louis-Charles Youtte et Eugène Lacaille au « Polygone » (Jardin Desclieux) Novembre 1871

1870, seulement 22 ans après l’abolition de l’esclavage. Les hommes et les femmes sont devenus des personnes d’âge mûre et se souviennent encore des horreurs de l’esclavage. Ils sont des hommes libres, des citoyens égaux mais pas vraiment. Les rivalités des classes ne sont pas éteintes.

Scène du film « Insurrection » d’EricK Jean-Marie

Cet événement qui débute à Rivière-Pilote, une commune située à l’est de l’île, a fait trembler le gouverneur de l’époque, Charles-Louis Constant Menche de Loisne. Et l’Insurrection du Sud va changer le visage de la société martiniquaise quand les békés (les Blancs créoles) étaient au coeur de la politique de ce petit pays colonisé par la grande puissance française.

Charles-Louis Constant Menche de Loisne nommé Gouverneur de la Martinique en 1869

Fin février 1870, Léopold Lubin, entrepreneur, travaille sur la route, entre le bourg et les bâtiments de l’Usine du Marin. Augier de Maintenon, officier du commissariat de la Marine et Pelet de Lautrec, ancien militaire et propriétaire terrien, passent à cheval en discutant. Léopold Lubin ne pense pas qu’il obstrue le passage des deux cavaliers. Augier de Maintenon l’interpelle et lui reproche son peu d’entrain à libérer la route. Une vive altercation s’en suit et le commissaire de la Marine est désarçonné, son ami vient le soutenir et tous deux administrent à Léopold Lubin, une sévère correction. Il sera en incapacité de travailler durant plusieurs jours.

Léopold Lubin demande Justice mais ne l’obtient pas. Le 25 avril, il aura l’occasion de se venger par lui-même d’Augier de Maintenon. Il est à cheval, au bout de la rue du Marin, Léopold Lubin se précipite sur lui, le jette à terre et le roue de coups. Le commissaire de la Marine porte plainte et est entendue le 25 août 1870, contrairement à Lubin. Léopold Lubin est condamné pour avoir prémédité son action, à cinq ans de réclusion criminelle et à quinze cent francs de dommages et intérêts. Un scandale , le peuple crie au déni de justice, même si deux ans plus tard Léopold Lubin sera libéré, bénéficiant de ce déni flagrant de justice.

Mais le mal est fait et au soir du 22 septembre 1870, indignation et conspiration vont alimenter les rancoeurs, rancunes  et  l’Insurrection du Sud  prendra naissance dans cette commune de Rivière Pilote pour s’étendre du Marin jusqu’à Trinité. Mais en réalité c’est toute l’île de la Martinique qui sera « en émoi», les campagnes, les bourgs seront ratissés, les ouvriers agricoles, en colère. La journée du 26 septembre 1870 sera décisive, après une nuit de violence,  200 personnes seront arrêtées dont les  chefs des insurgés.

Photo Pierre Barbier 

En réalisant « Insurrection », Erick Jean-Marie inscrit sa mission dans un cadre pédagogique. So objectif : « Faire connaître aux jeunes les Histoires de leur pays ». Pour ce faire le cinéaste a bénéficié du concours de descendants directs des protagonistes de l’époque et d’acteurs martiniquais, tous bénévoles et amateurs, précise le réalisateur.  Kolo Barst, Sylvanise Pépin, Guy Vadeleux, Sully cally, Jala Lafontaine, Félho Denis ou Céline Flériag sont dans le casting du film.

Après plusieurs semaines de tournages, la première d’« Insurrection » a eu lieu le 29 septembre 2019.

Erick Jean-Marie acteur et réalisateur est « tombé par hasard» dans le monde du cinéma et ses débuts chaotiques, explique-t-il,  seront ceux d’un amateur avant que son fils ne lui prête main-forte, en l’aidant à se professionnaliser, en s’achetant une « vraie caméra ». Une aubaine pour le martiniquais qui, prudent avoue avoir écrit une fiction pour mieux  pacifier les nombreux messages que le film pourrait susciter. Inspiré très largement des faits réels de l’époque, sous fond d’injustice et de discrimination ambiante, le résultat est à la hauteur de son engagement d’homme passionné de cinéma.

Si « Insurrection » cherche toujours des diffuseurs, le film interpelle, interroge et provoque beaucoup de curiosité auprès des jeunes spectateurs  des différentes municipalités de Martinique. Des projections sont régulièrement programmées dans des lycées et collèges, occasionnant des débats qui recontextualisent la fiction qui dure 52 minutes.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
« Insurrection »Ptolémée (Eric Jean-Marie) – Portrait du Gouverneur peint par Bonnegrace/Illustration fusillade MM – Remerciements Pierre Laba de Ciné Africa

 

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