Jimmy Terrine policier martiniquais: «Cette profession formidable doit punir les mauvais flics qui la salissent»

Les derniers évènements américains depuis la mort de George Floyd n’ont pas adouci l’image de la police aux Etats-Unis et en Europe.  Depuis le décès tragique de l’Afro-Américain, mort asphyxié sous le genou d’un officier de police à Minneapolis, les techniques d’interpellation des gardiens de la paix ont été pointées du doigt. Seulement cette image détestable répressive et violente de la profession n’est pas celle enseignée dans les écoles de police. Jimmy Terrine, brigadier français, issu de la diversité, en témoigne. Il décrit un métier qui a, comme principal devoir, la protection et la sécurité des citoyens, et le martiniquais au cours de cet entretien, tentera d’expliquer le ras-le-bol des policiers français  qui refusent d’êtres vus comme  des êtres violents et des racistes.

Jimmy Terrine – Brigadier de police

Depuis le mois d’octobre 2018, fatiguée par les épuisantes sorties des gilets jaunes, éreintée par des manifestations sociales diverses, mise sous tension durant la crise sanitaire inédite et finalement lâchée (récemment) par leur ministre,  la police française est aujourd’hui  en plein désarroi. Et, phénomène nouveau, elle contre-attaque répondant coup pour coup  face aux nombreuses  manifestations contre les violences policières qui ont éclatées un peu partout en France.  Le brigadier Jimmy Terrine s’insurge : « En ce moment, c’est le grand ras-le bol pour les policiers, ils vivent difficilement ce dialogue social qui est rompu entre une partie de la population et sa police nationale ».

Originaire de Sainte-Marie en Martinique, le  brigadier se dit « radical », franc, direct,  sait comment se faire respecter au sein de sa brigade mais avoue cependant,  qu’il reste « sur ses gardes ». Parfaitement intégré dans l’Hexagone, le samaritain est un gradé  qui n’a pas hésité à créer une Association le GPX pour encadrer les ultramarins fraîchement enrôlés dans la police parisienne.  La pénibilité au travail, les surcharges d’heures, les pressions administratives, le manque d’ équipements , les détresses psychologiques conduisent à des drames irréparables chez les jeunes et moins jeunes policiers de France.

Image d’illustration (capture d’écran)

Aujourd’hui, moins les soucis individuels mais bien les violences policières et le racisme dans la police française, qui perturbent dans les rangs dans un climat de haine et de malveillance anti-flics qui règnent dans l’Hexagone depuis quelques semaines.   « Amalgame », répond le syndicat Alliance 93, qui refuse qu’on humilie toute une profession, et comme Jimmy Terrine,  regrette le peu de soutien du « premier flic de France ».

« L’affaire George Floyd a de nouveau mis en exergue une affaire  plus ancienne mais tout aussi douloureuse pour la famille d’Adama Traoré et pour calmer la grogne populaire les politiques ont pris des mesures qui s’avèrent inadéquates et inapplicable sur le terrain et cela sans concertation avec les principaux concernés, les policiers eux-mêmes. » constate Jimmy Terrine.

Rassemblement à l’appel d’Assa Traoré, samedi 13 juin 2020

Selon le brigadier, ces deux affaires ne devraient pas se rejoindre car les techniques d’interpellation des suspects aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes en France. « Il existe diverses unités de police aux States (fédérale, comté, militaire) contrairement à la France, les policiers américains bénéficient d’une très grande latitude quand il s’agit de faire usage des armes létales et ils sont couverts par une quasi immunité qui rend difficile les poursuites judiciaires. »

Manifestation pour lamine Dieng, samedi 20 juin 2020

Le collectif Justice pour Adama dont fait partie Assa Traoré (soeur d’Adama Traoré) et les militants politiques du MIB, le Mouvement pour l’immigration et les banlieues condamnent le recours à la violence et dénonce le racisme institutionnel (dans la police), dont sont victimes les immigrés en France. Jimmy Terrine, brigadier à Paris affirme que : 
« Ce n’est pas la police en elle-même qui est raciste mais certains agents qui par leurs actions et leurs propos entachent toute la profession. Ce n’est pas un mal au sein de la police mais au sein de la société qu’il faut combattre. »

Assa Traoré du Collectif  « Vérité pour Adama Traoré »

Sur les réseaux sociaux, il est fréquent que les internautes épinglent des échanges de policiers qui  laissent douter de leur sympathie envers les communautés noires et maghrébines  : « Certes les groupes forment entre 8 000 et 9 000 adhérents, mais le thème n’est pas le racisme, au sein des groupes.  Il arrive que certains (et encore une fois une minorité) se laissent aller à des propos discriminants mais cela arrive partout. Vous avez et aurez toujours une frange qui derrière leur smartphone se sentiront le droit d’insulter ou de salir parce qu’ils sont cachés derrière une fausse identité. C’est aussi cela la société » note Jimmy Terrine.

« Bien sûr, ces comportements sont à bannir et méritent d’être sanctionnés très sévèrement car on ne peut pas demander aux citoyens de respecter les règles et s’en dispenser parce que l’on est policier.  Mais les gens pensent comme ils veulent, seulement si certains joignent la pensée aux actes, c’est à ce moment qu’ils doivent êtres durement sanctionnés parce que cela impacte des vies »

Quand un consultant police justice d’une chaîne en continu reconnaît qu’il est plus fréquent d’être arrêté si l’on est un jeune noir ou arabe, le gardien de la paix ne dément pas  : « Vous prenez n’importe quel secteur dit pauvre ou défavorisé vous aurez une délinquance qui s’y développera peu importe l’origine ethnique de ceux qui y vivent.  La police sera envoyée dans ces secteurs et sur instruction de la justice pour y effectuer des contrôles nécessaires en ciblant un panel d’infractions bien spécifiques». 

«L’idéal pour ces jeunes seraient  des lieux de vies habitables et dignes mais pas des cités de 15 étages avec des ascenseurs en panne qui puent la pisse, des halls d’immeubles régulés par le trafic de stupéfiants ». ajoute Jimmy Terrine.

«Derrière ces délinquants», insiste le policier, « il y a souvent des victimes qui  sont brisées, choquées, traumatisées et ces dernières sont plus nombreuses que ceux qui se plaignent de la police. C’est la masse. Une masse silencieuse ».

Image d’illustration (capture d’écran)

Dans ce contexte d’hostilité  envers les forces de l’ordre, Jimmy Terrine s’agace : « Les policiers en France manifestent leur ras le bol, ils ne sont pas responsables de la mort de George Floyd. Par ailleurs, ils dénoncent depuis plusieurs années l’absence de politique concrète afin de pouvoir mener leur mission à bien. Cela inclut également le dialogue avec les travailleurs sociaux. La police ne doit pas être que répressive, elle a également un rôle à jouer qui a été détricoté par les politiques. »

Être officier de police  c’est aussi «avoir  la capacité d’absorber autant de situations négatives et ensuite reprendre le cours de sa vie » avoue le gardien de la paix et vient confirmer, Aurélie Laroussie, la présidente du FFOC, la représentante de l’Association Femmes des Forces de l’Ordre en Colère.

Mardi 16 juin,  manifestation des personnels soignants à Paris

Et, que pense le brigadier Jimmy Terrine, quand des policiers noirs sont traités de «vendus » au milieu de manifestations ?  : « Il m’arrive d’entendre des agents de la RATP ou de la SNCF être traités de « vendu » parce qu’ils auraient verbaliser un contrevenant « compatriote », c’est minable d’agir ainsi. Vous êtes en faute, faites profil bas si l’agent vous laisse une faveur, c’est à son appréciation. » conseille vivement le brigadier.

Image d’illustration (capture d’écran)

Cet uniforme de policier qu’il enfile chaque jour depuis une dizaine d’années, le gardien de la paix, assure le porter avec dévouement : « Aider mon prochain, être en contact avec l’autre me donne cette force de me lever chaque jour. C’est une profession formidable et très dure en même temps. Une expérience extraordinaire, en toute connaissance de cause,  avec du recul,  je ne referais pas ce choix,  c’est énormément de sacrifices. »

Le gradé Jimmy Terrine conclut : «La majorité des policiers font leur travail avec courage et dévouement, sauve chaque jour des milliers de vies au risque de la leur, il est regrettable que pour une minorité visible la majorité soit vilipendée»

Le GPX, groupement des policiers ultramarins, a été fondé en 2003. L’association « lutte pour faciliter » les mutations de leurs collègues vers leur région de naissance et participe à diverses actions. On lui doit d’être parmi les premiers à réclamer et obtenir qu’un hommage national soit rendu à la policière Clarissa Jean-Philippe, abattu de sang froid, dans le dos par le terroriste Amedy Coulibaliy, en 2015 à Montrouge dans les Hauts-de-Seine. (Jimmy Terrine)

Dorothée Audibert-Champenois/Facebokk Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images JT pour C’news Actus Dothy – Images d’illustrations Capture d’écran C’news Actus Dothy

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