Dyan, infirmier-urgentiste guyanais : À Paris «70% des soignants sont Antillo-guyanais», ils pensent être «la dernière roue du carrosse»

Dyan*, infirmier-urgentiste en milieu hospitalier, est aussi réserviste pour la Croix-Rouge et l’Agence Régionale de Santé. Il a choisi son métier par vocation, en développant très tôt un goût prononcé pour l’aide humanitaire ce qui lui a permis de participer à des rapatriements ou à des opérations sanitaires au bout du monde. Plusieurs fois diplômés dans le secteur médical, le guyanais porte un regard objectif, très critique sur son métier d’infirmier. L’un des métiers, le plus mal rémunéré en France et en Europe.

 

N’en déplaisent à certains, vent debout contre leurs compatriotes d’origine antillaise, africaine ou maghrébine, en région parisienne, plus de 70% des infirmier(e)s, aide-soignant (e)s, personnel de service ou auxiliaires de vie, sont issus de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, ou d’Afrique. En majorité féminin, ces fonctionnaires hospitaliers y sont nés ou gardent des liens étroits avec leur famille qui y résident et qu’ils visitent. Ces soignants applaudis aux fenêtres ces derniers mois, en première ligne dans la lutte contre le nouveau Coronavirus (SARS-CoV-2), COVID-19, se remobilisent en cette fin du mois de mai, mais cette fois pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail. Après les dernières grèves, notamment la crise des urgentistes (en 2015 et 2019), celle contre la réforme des retraites (en décembre) et des congé bonifiés (en mars 2019), aujourd’hui, se considérant toujours comme les plus mal payés en Europe, les soignants réclament une hausse de leur salaire, plus de personnel soignant, des équipements et la reclassification des carrières à l’hôpital.

Un « Ségur de la santé » piloté par le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, est ouvert dès ce lundi 25 mai 2020. Nul doute que les soignants d’origine antillaise seront attentifs aux différentes négociations entre leur ministre et les acteurs professionnel de santé. Olivier Véran a promis « des mesures d’ampleur » et le ministre de la santé a reconnu, mercredi à la sortie du Conseil des ministres, que l’Etat n’a été « ni assez vite ni assez fort » pour répondre au malaise persistant dans les hôpitaux dans l’Hexagone et dans les Outre-mer.

En forte représentation dans le secteur hospitalier, comme leurs collègues, les soignants antillais restent très concernés par ce vaste plan « Ségur ». Sous payé et épuisé, un grand nombre bénéficie de congés bonifiés qui peut durer plus d’un mois. Seulement, ils sont peu remplacés dans leur service et ce dysfonctionnement engendre des situations critiques dans les hôpitaux. En mars 2019, soutenus par l’organisation syndicale CGT, ils ont exprimé leur colère au milieu de manifestants ultramarins, face à une réforme annoncée, durcissant les conditions d’accès aux congés bonifiés.

Le congé bonifié d’un agent est un dispositif hérité des années 1960. Il a pour objectif de maintenir le lien des fonctionnaires ultramarins avec leur terre d’origine. Sous prétexte que les soignants sont trop nombreux à partir en vacances en Outremer, le gouvernement a envisagé l’an dernier, une réforme modifiant l’usage de ce droit, étendu par décret aux ultramarins depuis le 26 mars 1978. Le jeudi 28 mars 2019, les Antillo-guyanais ont manifesté leur désapprobation à Bercy, devant le Ministère de l’Economie et des Finances.

Mars 2019, Bercy – manifestation contre la réforme des congés bonifiés

Les infirmier(e)s et les aide-soignant(e)s se considèrent comme « la dernière roue du carrosse » et « la médaille, les infirmières s’en fichent ». Dyan qui tient à conserver son anonymat, témoigne du mal-être de ses collègues, très souvent de la gente féminine. Des femmes et des hommes qui revendiquent en priorité : une augmentation de leur salaire.  En fait «elles veulent du concret» résume le guyanais.

D’autres dissonances, interpellent l’infirmier-urgentiste, les aide-soignant(e)s, le personnel en cuisine, «les plus exposés n’auront sans doute pas les primes, dans les conditions annoncées par Emmanuel Macron, ni même de médailles». Pourtant leurs charges de travail s’annoncent lourdes, depuis la fermeture des chambres dédiées au Covid-19. «Les malades Covid (en réanimation) nécessitent 3 heures de soins au total, il faut également ajouter les malades hors-Covid. Un(e) infirmier(e) pour 12 malades! Pour une journée de 7h30, c’est trop». Les journées et les nuits sont difficiles même si les guérisons amènent«beaucoup de chaleur et de joie» souligne l’infirmier.

Pour conclure, déclare Dyan, les infirmier(e)s demandent plus de personnel, pour pratiquer les soins en binôme et réclament encore des équipements de protection. Car, «il ne s’agit pas seulement d’avoir des masques mais il faut plus d’équipements comme par exemple des surblouses, qui manquent encore» avoue Dyan.

Dyan est diplômé d’Etat, infirmier dans une service de neurologie à Châteauroux dans l’Indre. Infirmier-urgentiste, il s’amuse de la féminisation (à 90%) du métier. Pendant ses études, Dyan était le seul mâle dans sa promotion, et explique comment, une fois en poste, les hommes infirmiers sont affectés dans les services qui demandent «de gros bras». Mais, tout a évolué et les femmes sont aujourd »hui, nombreuses à travailler au bloc, à soulever des patients lourds comme leurs collègues hommes. Titulaire d’un DU de transport aérien, il lui arrive de partir en mission aux quatre coins du monde ou tout simplement d’être appelé pour un renfort dans toute la France métropolitaine, y compris dans les régions ultramarines comme Mayotte ou dans la Caraïbe, en Haïti ou encore dans l’Océan Indien à Madagascar. Il est réserviste, en alerte pour toutes urgences de médecine tropicale.

 

«L’humanitaire, c’est comme une vocation». Aider les sinistrés lors d’un cyclone, rebâtir une région comme en Haïti après une catastrophe ou partir 3 ans en coopération à Madagascar, le guyanais répond à toutes les alertes de la Croix Rouge et de l’ARS.

Durant le pic de l’épidémie Covid-19, c’est à Mulhouse (dans le Grand Est) qu’il attendait sa prochaine affectation. Mis en quatorzaine, Dyan en suspicion Covid-19, est resté attentif à la progression de l’épidémie (de mars à avril) qui a coûté la vie et la santé à de nombreux collègues, de Dijon à Lille. Lille où le pronostic vital d’une infirmière est engagé. «A Santé Public France, les réservistes n’ont pas compté leurs heures de présence, jusqu’à 16 heures de lutte contre le nouveau coronavirus», révèle Dyan.

Toujours sur le départ, c’est la Guyane qui est dans son viseur, plus précisément Saint-Georges-de-l’Oyapock, une commune et son fleuve frontaliers entre le Brésil et la Guyane française. Les brésiliens qui fuient leur pays, épicentre du Covid-19 ont fait de Saint-Georges le cluster de la Guyane, pourtant en zone verte.

Lundi 25 mai 2020, un bras de fer commence entre le gouvernement et les professionnels de santé qui demandent, (bien avant l’épidémie), plus de personnel, une revalorisation de leur salaire, une reclassification de leur carrière et moins de charges administratives pour mieux travailler en première ligne.

 


Dyan*: Le nom de l’infirmier-urgentiste a été changé pour garder son anonymat

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images Capture d’écran et A. pour C’news Actus Dothy

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