L’étude qui confirme la racine africaine des mexicains, une 3ème racine volontairement ignorée

La pandémie Covid-19 donne raison à Rodrigo Barquera, quand l’auteur et rapporteur de cette étude, note que l’une des conclusions les plus importantes de cette étude, confirme le fait, que les voyages sont presque toujours impliqués dans la propagation des maladies. Leur découverte liée aux maladies révélées sur des restes d’anciens esclaves africains ont été déterminantes et attestent du métissage africain dans la population mexicaine.

Dans la revue Current Biology publiée le jeudi 30 avril 2020, les analyses de trois squelettes trouvés par des scientifiques dans une fosse commune en 1992 à Mexico racontent la vie horrible de certains des premiers Africains qui ont été transportés en Amérique latine et réduits en esclavage il y a environ 500 ans.

Le chercheur Rodrigo Barquera (diplômé de l’Institut Max Planck allemand pour les sciences de l’histoire humaine) et son équipe, espèrent que les ossements de ces trois Africains réduits en esclavage au XVIe siècle, seront une étape qui lèvera le doute sur cette «suppression» d’une partie de l’histoire chez les peuples mexicains.

«Ce type d’analyse est particulièrement instructif quand on étudie l’histoire des personnes réduites en esclavage, car une grande partie de ce que nous savons de leur vie, provient de registres tenus par leurs oppresseurs, qui sont souvent considérés comme biaisés et manquant de détails sur les origines et la vie quotidienne des personnes réduites en esclavage» a déclaré Éadaoin Harney, docteur en biologie organismique et évolutive à l’Université de Harvard.

La Nouvelle-Espagne a fait venir environ 70 000 esclaves entre 1600 et 1640, pour compenser la perte de travailleurs indigènes résultant de pertes humaines (lors de la conquête européenne) et de maladies (variole, rougeole et typhoïde) qui ont décimé la plupart des indigènes. Entre 130 000 et 150 000 Africains sont arrivés dans la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne en 1779.

On pensait que les Africains étaient plus résistants à ces maladies que les Américains et les Européens indigènes, ce qui en faisait des travailleurs souhaitables. Cinq siècles plus tard, selon l’étude, les centaines de milliers d’Africains esclaves constituent une grande partie du patrimoine génétique et culturel du Mexique.

Les restes des trois personnes (désignés comme SJN001, SJN002, SJN003) ont été retrouvés sur le site de l’ancien hôpital royal de San José de los Naturales à Mexico, un hôpital fondé au début des années 1500 pour servir la communauté indigène. Une population décimée au moment où le roi Charles I d’Espagne autorisait l’importation d’Africains dans les colonies espagnoles comme esclaves en 1518. La Nouvelle-Espagne : le Mexique actuel, les Caraïbes, certaines parties des États-Unis et le Canada et l’Amérique centrale, sauf pour Panama.

Les os montrent des signes de fractures, de blessures par balle et de l’introduction par ces esclaves de maladies infectieuses lors de leur asservissement dans le centre du Mexique.

Les chercheurs ont extrait les données génétiques et isotopiques des dents des individus et ont pu identifier leur pays d’origine et les régions africaines d’où ils venaient : «Leur génétique suggère qu’ils sont nés en Afrique, où ils ont passé toute leur jeunesse», a indiqué l’auteur de la publication Rodrigo Barquera.

«Dans nos ostéobiographies, nous pouvons dire qu’ils ont survécu aux mauvais traitements qu’ils ont subis. Leur histoire est une histoire de difficulté mais aussi de force, car bien qu’ils aient beaucoup souffert, ils ont résisté aux changements qui leur ont été imposés.»

À partir des restes des trois Africains réduits en esclavage, les chercheurs ont également récupéré le matériel génétique de deux agents pathogènes qui ont infecté deux des individus de leur vivant.

Le SJN001 était porteur d’un type de virus de l’hépatite B que l’on trouve généralement en Afrique de l’Ouest aujourd’hui, fournissant la première preuve directe du mouvement de la maladie du VHB avec dissémination via la traite transatlantique des esclaves, selon l’étude.

Le pian, une infection cutanée chronique causée par la bactérie qui mène à la syphilis, a été identifié dans SJN002 et partage une origine commune avec une souche trouvée chez un individu du XVIIe siècle de Mexico colonial mais porteur d’ADN européen. La souche a également été découverte dans des groupes ouest-africains.

Les lésions sur les os du SJN003 correspondaient aux effets signalés de la syphilis et du pian. Comme le pian est associé à une mauvaise hygiène, il n’est pas surprenant que des signes squelettiques de ces maladies aient été signalés chez d’autres individus africains esclaves de périodes historiques similaires en Europe, selon l’étude.

L’une des implications les plus importantes de l’étude, que nous pouvons voir maintenant en raison de la pandémie, a déclaré Rodrigo Barquera, est que les voyages sont presque toujours impliqués dans la propagation des maladies. «Dans ce cas, nous voyons deux souches africaines arriver dans les Amériques» a-t-il ajouté. «Au moins pour l’un d’entre eux, nous avons des preuves qu’il est devenu un pathogène très important pendant des siècles après son arrivée.»

«Il avait des lésions au crâne qui auraient pu être causées par la malnutrition et l’anémie, les infections parasitaires et les pertes de sang et la parodontite. Ses os s’étaient cassés puis réformés. Il a souffert d’infections dans les os longs de son corps et d’une série de fractures du crâne et des jambes.
Des modifications dans ses dents ont été trouvées chez le peuple D’Zem à l’est de la vallée de Dscha, ou le Cameroun moderne, mais aussi chez un individu étudié à Lagos, au Portugal.»

«Cette autre racine (africaine) a été ignorée très longtemps, dans l’histoire mexicaine», a déclaré Rodrigo Barquera.«Et la société mexicaine mérite d’en savoir plus sur cette troisième racine. Les implications sociales de ces individus doivent être à nouveau visibles, faire partie de toute cette histoire de la diversité mexicaine présente dans le Mexique moderne» expose en conclusion l’auteur de l’étude.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images C’news Actus Dothy
Sources CNN/NYorkTimes

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