Virus : «On nous a abandonnés!» bloqués au Sénégal, Khaya, militaire à Toulon et des ressortissants français sont scandalisés

L’attente aura duré des semaines. Un mois et seize jours de confinement imposé, bloquée au Sénégal, épuisée et encore agacée, Khaya qui tient à garder son anonymat, a finalement rejoint son régiment à Toulon ce mardi 5 mai. Elle raconte son incroyable périple et témoin malgré-elle de l’avancée de l’épidémie Covid-19, Khaya s’inquiète de la progression du nouveau coronavirus qui commence ses ravages sur la côte ouest de l’Afrique. À son arrivée début mars, si la population était indifférente à l’infection Covid-19, estimant à tort que ce virus n’était qu’une maladie européenne, les comportements ont vite évolué. Selon un bilan communiqué mercredi, le Sénégal déclarait officiellement 1 433 cas de contamination dont douze décès et 927 personnes actuellement sous traitement. 46 jours et 46 nuits, Khaya hébergée en famille a espéré rentrer chez elle à Toulon. Peine perdue, l’aéroport fermé, tous les avions d’Air Sénégal sont restés cloués au sol avant même le confinement sur place : « Un abandon total concernant notre rapatriement » dénonce aujourd’hui la jeune militaire qui envisage de porter plainte.

Sénégal, des clients attendent devant le magasin Auchan à Mbour (avril 2020)

Lundi 4 mai 2020, c’est enfin le grand départ du vol Air France de l’Aéroport Blaise Diagne à destination de Paris-Charles de Gaulle, une escale plus tard, et départ pour Nice avant d’atterrir à sa base de Toulon le mardi 5 mai 2020. Un avion bondé, un long périple pour Khaya, le soulagement pour la jeune femme comme pour de nombreux ressortissants français qui attendaient un rapatriement d’urgence. Conclusion, l’Ambassade de France au Sénégal n’a pas été à la hauteur.

Tout commence le 16 mars 2020 quand Khaya arrive à Dakar, elle est en voyage pour raisons familiales et son retour est programmé le samedi 4 avril. A ce moment au Sénégal, l’ombre du Coronavirus est très loin du quotidien des habitants qui vivent de petits boulots. «Les fausses rumeurs circulent, la maladie n’arrivera pas jusqu’ici, puisqu’il fait chaud, pour se prémunir d’éventuelles contaminations, il suffit de boire de l’eau de coco et de manger des oignons».

Sénégal, confinement, mai 2020

Des cas de Covid-19 sont identifiés mais le pays ne comptabilise aucun mort, jusqu’à Mr Diouf, note Khaya. Du coup, le gouvernement durcit les mesures de protections, ferme les marchés, impose un couvre-feu de 7h du soir à 8h du matin. La population qui a faim, commence à s’inquiéter, les autorités organisent l’aide alimentaire et distribuent de la nourriture. Le confinement total est décrété mais peu suivi par un grand nombre de sénégalais qui gagnent leur vie au jour le jour. Mi-avril, le nombre de personnes contaminées augmente si rapidement que le milieu hospitalier craint désormais une saturation des structures de santé.

Dans ce climat de panique, revenir en terre française est comme attendre un miracle. À bout de souffle les ressortissants bloqués au Sénégal qui s’impatientent sont scandalisés par les prix exorbitants des billets qu’Air France leurs propose. «L’Ambassadeur de France essuie des insultes de passagers qui se sentent abandonnés par la France». Finalement, Khaya choisit un vol commercial sur la compagnie Air France et paye un aller simple au prix de deux billets allers retours. Dans un avion bondé, sans aucune mesure de distanciation et de protection (à part les masques), les ressortissants quittent le Sénégal.

Aéroport de Dakar, mai 2020

Le stress et l’anxiété ont eu raison de Khaya, épuisée, elle envisage de porter plainte face à tant de dysfonctionnements et perplexe, elle se demande si les sénégalais arriveront à surmonter cette pandémie qui a provoqué la mort de plus de 270 000 personnes dans le monde, selon les chiffres de Santé Publique France.

Abdoulaye Bousso, le directeur du Centre des opérations d’urgences sanitaires au Sénégal estime que les structures de santé commencent à atteindre «un niveau de saturation en nombre de lits». Le médecin a précisé dans le journal Le Monde, que ce sont les principaux centres de traitement des malades qui approchent leurs limites, avec un taux d’occupation de 80 %. « Nous avons encore de la marge, mais ça va très vite en termes de nombre » a déclaré Abdoulaye Bousso.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images Khaya pour C’news Actus Dothy

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