Virus: F. martiniquaise, infirmière en maternité à l’hôpital Trousseau «Des situations incroyables depuis deux mois»

« Cette jeune femme hospitalisée à la maternité de l’Hôpital Armand-Trousseau, est en larmes.  Son époux ne sera pas prés d’elle à l’accouchement, un heureux événement qu’ils attendent depuis neuf mois. Cette autre femme, à terme, répond à tous les symptômes du Covid-19 et craint pour son futur enfant. Atteinte d’une forme grave de coronavirus, cette patiente qui vient d’accoucher, il y a deux jours, est dirigée en urgence vers un autre hôpital. Testée positive Covid-19, elle est admise en réanimation et intubée »

F. infirmière (qui témoigne sous couvert d’anonymat) prend son service ce lundi 4 mai 2020 à la maternité de l’hôpital Trousseau. Elle décrit son quotidien aux étages, des situations, des femmes et des hommes qu’il faut gérer dans un contexte inédit. Il a fallu tout réinventer pour mettre en confiance les futures mamans : « Il faut beaucoup d’empathie, les écouter encore plus qu’avant, être plus proche d’elles », avoue l’infirmière martiniquaise, « dans ces circonstances, il serait inhumain de ne tenir compte que de l’aspect médical et d’ignorer la charge émotionnelle des futures mamans. »

F. infirmière à l’Hôpital Armand-Trousseau

Mars 2020, la France fait face au Covid-19, un nouveau virus identifié en Chine, 1000 fois plus concentré que celui de la grippe et d’une extrème virulence. En France, comme dans le reste du monde, la protection anti-Covid-19 devient une priorité et les hôpitaux s’adaptent. Les salles de réanimations sont assaillies mais d’autres changent littéralement leur mode de fonctionnement. Dans les maternités, des protocoles se mettent en place pour aider au mieux les futures mères. Pour éviter que les femmes accouchent à leur domicile par crainte d’être contaminées en se rendant soit aux urgences ou dans les services qui leurs sont dédiés, des nouvelles mesures ont modifié l’accueil dans les établissements de maternité. Les pères consignés avec leurs épouses dans un premier temps, n’étaient plus été autorisés dans les chambres. Afin de respecter la distanciation sociale, des échanges par vidéo Skype ont permis aux familles avec enfants, de se parler, d’échanger entre joie, pleurs, cris, déprime et soulagement. Si l’infirmière F. reste très impliquée et attentive aux femmes hospitalisées entre 3 à 6 jours dans son service (césarisées ou pas), elle s’interroge, circonspecte sur la suite de la pandémie, plus précisément à l’après déconfinement.

F. diplômée infirmière d’Etat

Deux mois de doutes, d’incertitudes et de fatigue ne s’effaceront pas ce lundi 11 mai 2020, date du déconfinement. F. n’est plus à se préoccuper du nombre de masques disponibles, il y en a suffisamment aujourd’hui. Reste que le virus circule encore et que le personnel soignant lutte au quotidien contre une maladie infectieuse qui n’est pas prête de s’éteindre et pour laquelle aucune date de vaccin n’est envisagée à court terme.

Peu renseignée sur la maladie il y a deux mois, la soignante F. explique : « Je ne comprenais pas pourquoi on ne suivait aucune directive claire quand j’ai finalement compris qu’il n’y en avait tout simplement pas ! ». Puis, des documents Covid-19 sont arrivés dans les services « seulement nous n’avons pas le temps de lire les brochures. Nous sommes sans cesse sollicités, occupés». Quant au port du masque, « il y a eu des ordres et contre-ordres venant des médecins ou des ré-animateurs»  et les « FFP2 sont arrivés très tardivement».

Aujourd’hui, plus de panique ni d’affolement, plus de vols de gels dans les chambres des mamans, les boîte de procédure Covid-19 sont à portée de mains, les soignants ont le nombre de masques de protection, prescrit chaque jour. Pour autant la soignante appelle à plus de vigilance quant au mode d’utilisation du masque chirurgicaux, une réserve qu’elle s’applique à elle-même : « Je ne me sens pas plus protégée qu’avant d’avoir les masques. On travaille tellement vite et on touche instinctivement nos masques. Pour ne rien arranger, il fait chaud à la maternité, et il faut se désaltérer, et il nous arrive d’enlever fréquemment nos masques»

Maternité – Armand-Trousseau – Paris

Comment éviter les embrassades spontanées entre collègues ? Comment rassurer sa famille qu’on évite par peur de les contaminer? Comment humaniser un peu plus les encadrants? Que faire de plus pour les futures mamans qui accouchent seules désormais? Comme une guerrière, F. qui travaille en étroite collaboration avec des sages-femmes, s’estime cependant chanceuse. Le métier d’infirmière , elle en connait les contours. Avant d’être diplômée d’Etat, F. originaire de Sainte-Marie, commune de la Martinique, a d’abord fait ses premiers pas à l’Hôpital public, très modestement. Au bout d’une dizaine d’années comme aide-soignante suivies de trois ans de formation, au titre de la promotion professionnelle (niveau licence), la mère de famille a terminé son cursus médical au CHU de Thonon dans le 20ème arrondissement. F. est responsable de la prise en charge « globale » des femmes enceintes à l’Hôpital Armand-Trousseau tant sur le plan physiologique, social que psychologique.

Une vie tournée vers le médical comme sa mère, aide soignante en urologie et son père en orthopédie, à réaliser des plâtres aux accidentés. Des parents, aide-soignants à l’Hôpital Cochin à Paris.

F. née dans le 14ème arrondissement, a volontairement ciblé la pédiatrie après ses études d’infirmière. Elle s’émeut de voir guérir les petits malades, heureuse d’assister aux naissances, se dit comblée. En première ligne dans la lutte contre le nouveau coronavirus, elle se doit d’être vigilante face à une maladie qui n’épargne ni nourrissons, ni enfants encore moins les futures mamans.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
Images F. pour C’news Actus Dothy

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s