Virus: Carole T. soignante en Ehpad et ex-Covid-19, ne lâche rien «malgré nos petits salaires, on est là»

15 jours d’isolement total sans s’approcher de ses enfants, isolée dans leur maison à La Roche-sur-Yon, (Chef lieu de la Vendée en Pays de La Loire dans le Centre-Ouest de la France), Carole T. a « peur que le virus ne fasse une nouvelle vague meurtrière ». C’était au moment fort de sa maladie mais l’heure n’est plus aux lamentations ni aux sentiments. Pour l’antillaise originaire de Sainte-Marie (une commune vivier des traditions de la Martinique), il faut foncer. Sans vaccin, sans « surblouses », récemment approvisionné en gel, avec aujourd’hui des masques, et pas dépisté, il faut être « aux commandes » de l’établissement médical, reprendre du service le plus rapidement possible.

Carole T. a repris ses activités d’aide-soignante il y a quelques semaines avec la même détermination qu’avant l’arrivée de la pandémie, aider les malades à guérir quelque soit la gravité de leur traumatisme. C’est, entre autres, sa mission. Personnel soignant, elle est en première ligne dans la lutte contre le nouveau Coronavirus (SARS-CoV-2), COVID-19. Mère de famille, la martiniquaise se voue à la tâche, remercie les français qui applaudissent aux fenêtres mais reste circonspecte pour la suite. Plus que jamais, les soignants ont un rôle important dans les hôpitaux mais aujourd’hui, cela reste « compliqué d’aller travailler dans des conditions correctes » soupire l’antillaise.

Trois ans sont passées depuis que Carole T. a voulu devenir aide-soignante. L’uniforme médical, elle connaît, l’employée a grandi dans une famille de soignants, son père, ses oncles, d’autres proches travaillaient à l’Hôpital Cochin dans le 14ème arrondissement à Paris. Après plusieurs années de formation, Carole T. peut enfiler sa blouse blanche. Intérimaire en Ehpad, actuellement elle soigne des religieuses dans une maison de retraite en Vendée. Pour la souplesse des horaires, dans l’année, elle intervient dans un lycée en soutien d’élèves handicapés et devient également auxilliaire de vie à domicile. Diplômée d’Etat Carole T. est réserviste au CHD de la Vendée, l’Hôpital de La Roche-sur-Yon.

Même si les tâches quotidiennes étaient déjà importantes en Ehpad, elles ne sont rien comparées à celles effectuées depuis deux mois. La pandémie due au coronavirus a bouleversé les comportements et le travail des soignants, mais également l’attitude des patients qui arrivent de plus en plus angoissés aux urgences. En Ehpad, les aînés ne sont pas rassurés non plus et jusqu’à dimanche dernier, il leur était impossible de recevoir des visites de leurs proches. Depuis qu’ils sont catégorisés comme des personnes à hauts risques face à l’infection du Covid-19, l’incertitude et le stress gagnent ces patients.

À la Roche-Sur-Yon comme dans les autres régions françaises, longtemps le manque d’équipements a fait craindre le pire au sein des soignants de l’Hexagone et des Outre-mer.

Carole avoue qu’elle est anxieuse, « Oui, peur du virus » mais elle affirme qu’elle ne posera pas d’arrêts de travail. Des arrêts de garde d’enfants pourtant justifiés, car il y a l’envers du décor. Pour éviter de contaminer leurs jeunes enfants, leur conjoint, leurs proches ou leurs grand-parents, de nombreux soignants ont fait le choix de s’arrêter et le nombre de demande de congés ou de temps partiels a explosé depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France.

Seulement, la martiniquaise comme nombre de soignants dans l’Hexagone, sera touchée de plein fouet par l’épidémie. En dépit d’une surveillance constante, d’une prudence extrême, infectée par le virus Covid-19, Carole T. plongera dans le cauchemar de la maladie, isolée de ses trois fils, souffrant durant 14 jours. Tout à commencé par une fièvre qui fléchait entre 38 et 39°5, une diarrhée continue, des douleurs musculaires, des maux de tête durant 5 jours. Pas de doute, l’aide soignante sait qu’elle a été infectée par le nouveau coronavirus. Verdict du médecin ce sont bien là les symptômes du Covid-19, il lui prescrit du paracétamol, lui impose une surveillance toutes les 48 heures. Une période qui lui donne le temps de réfléchir et d’observer les applaudissements aux fenêtres dès 20 heures chaque soir dans l’Hexagone depuis mi-mars. Et sa réponse est sans détour « Je pense que c’est au quotidien et toute l’année qu’il faut nous rendre hommage » explique Carole T. « Nous avons des petits salaires, souvent on nous manque de respect ou nous suscitons peu d’intérêt pour les autres. Mais malgré le Covid-19 nous sommes là, on vient quand même ».

Durant toute cette période, la martiniquaise, loin de se plaindre pense à ses religieuses hébergées dans cette maison de retraite où elle travaille chaque nuit et plus régulièrement, depuis quelques semaines. Des résidentes privées très longtemps de visites familiales et une angoisse qui décuple le lundi 13 avril 2020, au moment de l’allocution présidentielle. Enfin, Carole T. a suivi le débat qui a fait Emmanuel Macron changé d’avis. Elle ne peut que s’en féliciter car « On le ressent le soir, les sœurs sont très angoissées, elles sont désorientées. Sans activités, leur état de santé se dégrade, elles perdent en autonomie et moralement elles diminuent ».

Le 11 mai prochain, le déconfinement se profile pour la population et pour les soignants. Le directeur général de la santé Jérôme Salomon fait part depuis plusieurs jours d’une baisse sensible des décès et annonce régulièrement un taux d’occupations des lits en réanimation qui chute doucement. De bonnes nouvelles qui s’associent à une légère diminution du stress en milieu hospitalier. A l’Ehpad de la Roche-sur-Yon, le personnel soignant reste néanmoins vigilant car l’essentiel de leurs soins concernent des personnes fragiles, d’un grand âge et très vulnérables.

A l’écoute, Carole T. manifeste son désaccord d’avec le gouvernement qui prévoit l’ouverture des classes dès le lundi 11 mai prochain et argumente. La soignante antillaise a toutes les raisons pour ne pas respecter cette injonction d’Edouard Philippe et prévient que son fils « asthmatique » ne sera pas sur les bancs du lycées en mai. Comment respecter les règles d’hygiène, le port des masques entre copains et enseignants? « Non », Carole T. ne prendra pas ce risque, c’est son avis pour l’instant. En mère attentive, elle suivra le parcours lycéen de son fils pour qu’il n’accuse aucun retard le jour de l’examen.

En Vendée « On est sur un plateau, même si le département est relativement stable et plutôt bas par rapport au niveau national », signalait mercredi Francis Saint-Hubert, le directeur du Centre Hospitalier (CHD). La réserviste antillaise prend note que 16 patients sont aujourd’hui en réanimation dans les établissements hospitaliers.

Pour l’heure c’est toujours avec le sourire et une furieuse envie de bien faire que Carole T., surmonte sa « peur du virus ». Même si elle appréhende un appel à tout moment des urgences de l’Hôpital, la martiniquaise qui sait qu’elle peut être amenée à travailler en lien très étroit avec les infirmières quand les urgences saturent, ne plie pas. Sa seule inquiétude serait le manque chronique de masques, de surblouses, de gants, de gels au moment du déconfinement. Le gouvernement présentera dans les prochains jours un plan de déconfinement, Emmanuel Macron l’a annoncé et le premier ministre le prépare.

Mercredi 22 avril 2020, la France comptait 544 décès en 24 heures. L’épidémie Covid-19 a causé 8 104 décès dans les établissements sociaux et médico-sociaux depuis le début de l’épidémie, en majorité dans les Ehpad.

5 218 patients étaient toujours en réanimation dans un état grave, 85 000 personnes ont été hospitalisées depuis le début de l’épidémie, 13 236 sont décédées à l’hôpital. 21 340 personnes sont mortes en France depuis le début de la pandémie, selon les chiffres de Jérôme Salomon et de l’ARS.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy

Images C.T. pour C’news Actus Dothy

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