Rebelle, engagé, activiste, le peintre Manuel Mathieu expose sur tous les continents

Les derniers travaux de Manuel Mathieu s’étendent sur d’immenses toiles polychromatiques et « expriment » sa vision du monde caribéen. L’exposition s’intitule «The Other Side of Now : Foresight in Contemporary Caribbean Art’» au Pérez Art Museum de Miami (PAMM). Sa peinture, : « Des œuvres abstraites parfois imprégnées d’imagerie haïtienne et d’art africain ».

Dans le même temps, l’artiste  choisi par la commissaire et conservatrice française Catherine David est en résidence en Allemagne. Manuel Mathieu est à l’Académie Schloss Solitude, dans un magnifique château baroque construit en 1764 dans la région de Stuttgart où il restera sept mois à fréquenter 60 autres peintres.

Manuel Mathieu est d’origine haïtienne et vit au Canada. Né au moment où Bébé Doc (le fils Duvalier) fuyait le pouvoir, l’antillais qui a grandi en Haïti, en garde des souvenirs doux-amers.

Interrogé par le magazine londonien Frieze, le prolifique peintre parle de son île, de sa culture, du peuple haïtien et s’agace de la mauvaise réputation associée à Haïti, la première République noire :

« Sans le savoir, je navigue constamment entre deux héritages : l’héritage occidental qui consiste à penser à l’art, à le faire et à en parler, car il existe un vocabulaire, un code qui l’accompagne. Et l’héritage des artistes haïtiens (autodidactique) qui ont une compréhension particulière de l’espace, du temps ou de la spiritualité. Je pense que l’art est une pure manifestation de notre spiritualité, de l’âme. De nombreux artistes extraordinaires sont allés au fond des leurs. »

Haïti est le plus beau pays du monde, pense Manuel Mathieu.

« En grandissant là-bas, j’ai été exposée à la beauté d’un pays si vivant, artistiquement, et les gens ont le plus grand cœur que j’ai jamais vu. D’autre part, c’est un pays instable, incompris, non-sécurisé, mais je suppose que tout cela contribue à intensifier votre capacité à être présent à temps. Nous sommes des âmes rebelles en Haïti, alors je pense qu’il est logique que nous nous levions lorsque les choses ne fonctionnent pas bien et que nous nous battons pour ce qui est juste. Vivre dans un pays de ruptures, alimente certainement ma capacité d’adaptation partout où je vais. « 

Pour le jeune peintre,  l’Art est la mémoire de monde. Il s’explique :

« En 2015, lorsque j’ai eu mon accident, cela a changé ma vision de ce qui est ou de ce que cela peut réellement être. J’ai dû m’arrêter parce que je ne pouvais (physiquement) pas travailler. Alors j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir. Au même moment, ma grand-mère était en train de mourir et je devais me demander quel était son héritage ? Comme vous le savez, l’art est la mémoire du monde et de la société et je me suis demandé à ce moment là, ce que je mettrais au monde? »

Manuel Mathieu a un grand espoir, celui de rapprocher les hommes et les femmes des différentes îles de l’Archipel Caraïbe :

« Je réfute toutes ces tendances, qu’elles soient caribéennes contemporaines ou typiques. Je ne veux pas voir mon travail comme quelque chose qui aide un système blanc à résoudre ses problèmes. Ma liberté vient de ne pas les considérer du tout dans mon processus. Nous avons affaire au regard des investisseurs blancs qui dirigent les artistes qui tentent de survivre et subissons des disparités raciales. C’est une configuration vraiment complexe. »

Et il conclut, un brin optimiste :

« Je viens d’un endroit où règnent rêves profonds, positivisme et idéalisme, mon idée est de rassembler un groupe d’îles réunies en une unité qui se repose et se renforce. Les Caraïbes ont de nombreuses histoires différentes enchâssées dans des structures de pouvoir, telles que le colonialisme passé, le capitalisme actuel et le christianisme qui nous déshumanisent souvent. Une déshumanisation basée sur la couleur de notre peau, notre langue, notre spiritualité et nos vulnérabilités économiques. Cette déshumanisation affecte malheureusement la façon dont nous nous voyons, en tant que frères et sœurs des Caraïbes. Cette lutte n’est plus géopolitique mais humaniste. »

Extraits de ‘We Are Rebellious Souls’
Interview réalisée par Rianna Jade Parlker et publiée le 3 septembre 2019

Les peintures de Manuel Mathieu ont fait l’objet de deux catalogues en 2018. Il est le premier artiste visuel canado-haïtien à voir une de ses œuvres intégrer la collection du Musée des beaux-arts de Montréal.   Artiste engagé,  l’artiste a fait un don au musée pour créer un fonds qui permettra d’acheter des œuvres d’artistes non représentés dans la collection du Musée des beaux-arts de Montréal.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy Images MM/LaPresse.Ca

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