A Londres, le guadeloupéen Tibio nostalgique de son île magnifie le Reggae, le Gwo Ka et le Hip Hop dans ses spectacles

« Être artiste, c’est comme un parcours initiatique, il faut avoir la Foi ! » et Tibio sait de quoi il parle. L’artiste guadeloupéen s’est produit dans des salles de danses, de théâtre, dans des centres et ateliers culturels de France, d’Angleterre, de Suède et de Guadeloupe.

Cette vie de saltimbanque, Tibio l’a choisie, sa carrière d’artiste, il l’apprécie et l’antillais s’épanouit dans toutes les disciplines qu’il maîtrise. Seulement tout n’est pas simple quand on est un artiste professionnel. Qu’on vive en France ou en Angleterre, les difficultés sont les mêmes, peut-être plus compliqué au Royaume-Uni.  Tibio nous raconte son quotidien, sa musique, ses choix, son pays, la Guadeloupe.

Né Marc Stevenson, Tibio est un métis guadeloupéen. Un peu nostalgique du pays qu’il quitte très jeune et « malgré lui » précise l’artiste. Nous l’avons d’abord croisé au Creole Day Festival au mois d’Octobre dernier et ce mois de novembre 2018, Tibio est acteur dans un spectacle familial Hensel & Gretel qui se joue dans le Sud de la capitale anglaise.

L’occasion de mieux connaître le métis guadeloupéen et de comprendre comment vit un musicien antillais à l’étranger.

Samedi 24 novembre 2018. Deux jours que Tibio est sur scène au Bernie Grant Art Centre dans le quartier de Seven Sisters au Sud de la capitale. Ce samedi est le dernier jour du spectacle Hansel et Gretel, dédié aux jeunes spectateurs, ils sont plusieurs au centre culturel, accompagnés de leurs parents et amis.

Tottenham Square, il est 17 heures, le spectacle prévu à quinze heures est terminé. Attablé au Café du Bernie Grant Art Centre, Tibio discute. Vicki Igbokwe, la metteure-en-scène, sa partenaire de jeu Mayowa Ogunnaike, et une autre comédienne vont bientôt se quitter. Tiré des contes de frères Grimm, cette adaptation, dansée et chantée, décrit (en filigrane), les errances sociales et humaines des réfugiés africains exilés à Londres.

Tibio (Marc Stevenson) n’est pas un réfugié du Ghana. Seulement comme son personnage dans la pièce de théâtre, le musicien antillais ne se repose jamais :  « Nous avons peu d’aides, ce n’est pas comme en France. La Sacem n’existe pas ici. On ne peut pas s’arrêter de travailler, il faut continuellement se bouger pour gagner sa vie ». Au Royaume Uni, il y a Performing Rights Society for Music (PRS), l’équivalent britannique de la SACEM, mais ce dispositif a des ratés. Il faut donc être sur la brèche, courir et travailler.


Le matin, Tibio pose sa fille à l’école, le jeune père de famille part aussitôt pour son cours de danse-percussion. Pas le temps, ni pour les textos, ni les e.mails, l’artiste prévient qu’il ne sera disponible qu’à la mi- journée ou, mieux encore, en fin de journée.

Pouvoir s’exprimer parfaitement en anglais, c’était  son objectif : « Je suis venu ici  à Londres pour bien connaître la langue anglaise, car mon père et ma mère s’exprimait à la maison en anglais mais ne me parlaient jamais anglais ».

Mais le français qui envisageait un séjour de deux ans en Angleterre, restera finalement plus longtemps sur l’île anglaise. Entre temps, le Royaume uni a changé sa politique d’accueil des migrants. Et, depuis juin 2016 où le vote des anglais a été largement favorable à la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne, la petite famille de Marc Stevenson réfléchit à l’avenir, à un nouveau départ : « Je n’ai pas envie de rester éternellement ici ! ».

Anglais et écossais par son père et guadeloupéen par sa mère, Tibio, le mulâtre  va grandir sur l’île de Karukera jusqu’à l’âge de 8 ans. Après la Guadeloupe, la famille Stevenson arrive à Marseille dans le Sud de la France. Tibio a déjà confirmé ses talents de danseurs, il sait ce qu’est un Gwo Ka,  « l’âme de la musique traditionnelle guadeloupéenne ».

Le mode de vie antillais, la langue créole, la musique caribéenne et les guadeloupéens sont ses sources d’inspiration : « Je fais tout pour rester en contact avec la Guadeloupe car je n’avais pas décidé de la quitter. C’est sans doute pour cette raison que je me suis intéressé à la musique caribéenne ».

Pointe-à-Pître, Centre des Arts de Guadeloupe. c’est ici que le petit Marc Stevenson fait ses premiers pas de danse. Son mentor, une figure de la danse caribéenne :  « A mon prochain passage en avril 2019, j’espère retrouver Lena Blou ».

Lena Blou, danseuse et chorégraphe de Guadeloupe, l’a initié au Gwo Ka : « j’avais 6 ans ». La foi qui anime le jeune homme fait écho aux convictions de son premier professeur.

Danseuse, professeure de danse, formatrice et chercheuse, Lena Blou a nourri le feu artistique de Tibio (Marc Stevenson) :   « Mon parcours, c’est la ténacité, la foi. La foi c’est quand personne ne croit en vous et que vous croyez en vous. Il y a une petite lumière tout au fond de votre cœur qui vous dit : Ils ont tort. Je vais réussir. Alors il faut suivre son intuition, suivre son instinct mais il faut travailler ». déclare Lena Blou lors d’un entretien accordé à la Région Guadeloupe en décembre 2014.

L’époque du « Baby Gwo Ka » au Centre des Arts de Guadeloupe, est révolue seulement Tibio est devenu un  « addict » : « le Gwo Ka, c’est quelque chose qui est en moi, la danse, le tambour, c’est mon langage corporel. »

A chaque visite en Guadeloupe il se ressource :  « Tout ce qui est traditionnel m’intéresse. Je vais dans des swaré léwoz quand je suis sur l’île. C’est ainsi que je reste en phase avec, ce que je considère, être une partie de ma culture ».

Quant au patois : « Le créole me manque. C’est, parce que j’ai voulu garder le contact avec la langue créole que je me suis lancé dans la musique, j’écoute et j’écris des textes en créole. La Guadeloupe m’inspire vraiment ».

Tibio a produit son premier disque au mois de mai dernier. le musicien a choisi le label français, Otantic Records. « No Pain, no Gain » sera le premier titre de l’Album qui sera commercialisé et produit par un espagnol de Brixton. Il lui restera encore 12 titres à promouvoir.

Danseur, musicien, enseignant, le métis antillais est polyvalent  : « Nous les artistes, on n’a pas beaucoup de moyens mais on se bat car nous avons une passion qui nourrit le feu qui est en nous. Nous avons l’énergie qui nous nourrit spirituellement. Mais qu’on soit basé en France comme en Angleterre, les revendications sont les mêmes. On aimerait plus d’aides pour ceux qui sont en galère » : 

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy

Images C’news Actus Dothy

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