Le maintien de la chaîne FranceÔ, une promesse brisée ?

Un an après l’élection triomphante du Président Emmanuel Macron, si de nombreuses promesses du candidat de « En Marche » sont en cours de réalisation ou en partie tenues, plusieurs engagements durant la campagne de 2017, sont aujourd’hui, revues à la baisse. Parmi les promesses oubliées ou abandonnées, il en est une qui retient particulièrement l’attention du public français et ultramarin, il s’agit de la suppression programmée de la chaîne FranceÔ basée à Malakoff (Haut-de-Seine), autrefois baptisée RFO Sat.

Cette télévision publique linéaire qui diffuse sur la télévision numérique terrestre, le câble, le satellite, la télévision IP et en streaming, prend sa source en 2005 sous la direction de Jean-Marie Cavada . A l’époque, RFO Sat, avait comme objectif « d’offrir aux Français d’outre-mer vivant en métropole une fenêtre sur leurs régions ». En 2009, sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy, elle prend toute sa place dans le PAF (Paysage audiovisuel français) en s’installant sur la TNT nationale et en collaborant avec sa cousine TV5 Monde.

Souffrant d’une audience (part de marché), dont le plafond atteint au mieux 2,9 (2016) et avec, entre autres, la création de la chaîne d’informations France Info, l’existence de cette télévision dédiée à la découverte et à la visibilité du monde ultramarin, semble aujourd’hui contestée par la nouvelle présidence qui selon elle «  veut changer » les mentalités des français et désormais, donner plus de visibilité à l’outremer. Pour se faire, le chef de l’état espère montrer le visage des outremers dans les programmes des autres « chaînes généralistes » qui bénéficient « d’une audience forte » et fiable.

Ce projet pour l’outremer qui mettrait en péril FranceÔ est intégré dans une « Réforme de l’audiovisuel public » mise en place par le gouvernement. Pour préciser cette « transformation » une mission a été confiée à Catherine Smadja (du ministère de la Culture), ancienne cadre de la BBC à Londres, aidée par Marc Tessier (ancien président de France TV), Isabelle Giordano (chez UniFrance), Claire Leproust (Fablabchannel) et Frédéric Lanica (ancien directeur du CSA).

La mission qui rappelle : « Nous ne sommes pas le gouvernement » mais une « mission de concertation », reçoit, depuis quelques semaines, des portes-paroles de l’intersyndicale de la chaîne FranceÔ et des collectifs issus de la chaîne. Elle recense en ligne les plaintes et les contributions de nombreux citoyens et professionnels qui s’alarment des rumeurs incessantes, sur l’annonce de la disparition à court terme de FranceÔ.

Pourtant, plus tôt, le mois dernier, le lundi 4 juin 2018, le discours de la ministre de la culture, Françoise Nyssen, aurait dû apaiser les peurs : «il faudra interroger nos concitoyens d’outre-mer et leurs élus pour déterminer si l’avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien ou au contraire au renforcement des offres numériques des Outre-Mer Premières».

Ensuite, il y a eu le « Livre Bleu » remis au Président de la République lors des Assises des Outre-Mer, le jeudi 28 juin.  A l’Elysée, Emmanuel Macron dévoilait ses priorités pour l’Outre-mer, en estimant qu’il fallait « faire évoluer les choses », le Président tentait de rassurer sur l’avenir de France Ô, la chaîne de France Télévisions spécialisée dans les Outre-mer.

Rien n’y fait, l’inquiétude croît et des collectifs naissent, le Collectif Citoyens créé par Chantal Clem (ci-dessus), et ceux des employés de  la chaîne comme « Sauvons FranceÔ » ou « Changeons FranceÔ », tous ayant le même but, solidaires, debouts contre la fermeture de la chaîne hertzienne.

Parallèlement à une consultation des employés de FranceÔ dont Louis-Gérard-Salcède, Nella Bipat, Véronique Polomat (ci-dessus), réunis à la Mairie de Paris, pour recueillir le soutien d’Anne Hidalgo, Babette de Rozières, conseillère régionale et déléguée spéciale pour la Région Île-de-France , était reçue avec une délégation, par la mission de concertation, au Ministère de la Culture. Une rencontre réalisée, suite à sa demande faite auprès du Cabinet du Président de la République.

Ce mardi 10 juillet 2018,  Babette de Rozières, Agnès Evren (Vice-Présidente Culture au Conseil régional), Yan Queffelec (Ecrivain-Prix Goncourt), Angèle Louviers (Avocate), Dorothée Audibert-Champenois (Cadre à FranceÔ – Journaliste AntillesBoxMails), Gilles Camouilly (ancien Directeur d’antenne à FranceÔ- 2011 /2016), et Claude Butin (Magistrat) étaient présents dans les locaux du ministère de Françoise Nyssen.

A l’issue d’une heure de débat musclé, Babette de Rozières a promis de rencontrer dans un second temps d’autres acteurs influents, à l’origine de cette « Réforme de l’audiovisuel public ».

Durant cette discussion animée, la mission conduite par Catherine Smadja a présenté leur objectif, celui de « donner du poids à la visibilité de l’outre-mer ». En s’interrogeant « Est-ce que les gens d’outre-mer sont bien représentés sur la chaîne », « Est-ce la meilleure façon de montrer l’outre-mer », « Est-ce le meilleur moyen de représenter l’image de la France à ceux qui ne sont pas ultramarins ? ».

Pour la responsable de la mission : « Ce n’est pas le cas ». Et, selon la mission commandée par Catherine Smadja, il  s’agit désormais de « Bâtir un nouveau modèle pour obtenir plus d’audience », « Donner enfin une Voix aux gens d’outre-mer ». Le but « est de servir cette culture » autrement.

Claude Butin, en interpellant avec véhémence, sur les raisons d’une probable fermeture, s’est entendu répondre par Isabelle Giordano que : « Rien n’est encore fait » car « différents scénarios sont prévus ». Avant cela «  il importe de recueillir » le maximum d’informations avant que le Président de la République ne tranche, ces prochains jours ou plutôt quand « il le souhaitera ». Des consultations qui se font également en ligne sur un site dédié aux entretiens et discussions sur cette concertation ministérielle pour la réforme de l’audiovisuel.

Toujours sur le « Pourquoi FranceÔ », Babette de Rozières a jugé utile de lire, la promesse de campagne du Président en fonction, une phrase tirée d’un discours du 8 avril 2017, dans lequel, le candidat Emmanuel Macron, déclarait que la chaîne FranceÔ n’était pas menacée de disparaître.

Transformée Franceô en une plateforme numérique ? : « Pas une bonne idée » a alerté la délégation ! « Avoir son programme sur la Box ? » et faire payer les spectateurs ? « Encore une mauvaise idée » pour les sept membres de la délégation.

Dans la foulée des questions, une a retenu l’attention par sa réponse brève et claire : « FranceÔ, est-elle un obstacle à la meilleure représentation des Outre-mer » ? Catherine Smadja a répondu : « Oui ».

Mais Catherine Smadja, en évoquant le passif de la chaîne a répliqué que « FranceÔ  est née d’un constat d’échec et, est devenue » une chaîne qui « ne correspond pas » aux attentes des ultramarins.

Et, l’ensemble de la mission a repris, qu’il fallait « Donner plus de visibilité aux outre-mer sur toutes les chaînes généralistes ». Elles ne le font pas et « c’est un dysfonctionnement grave au sein de France-Télévisions »  a complété Isabelle Giordano. En évoquant les problèmes dans la chaîne FranceÔ : « Trop de racisme, des journalistes qui ne peuvent travailler ensemble », « ce n’est pas aussi tolérable au sein de FranceÔ, « Il faut valoriser les Outre-mer », a ajouté Isabelle Giordano.

Claude Butin (magistrat) a eu l’idée d’associer à l’offre de FranceÔ, celle d’être aussi une chaîne en lien avec la Francophonie. Une occasion de multiplier ses projets et ses fenêtres avec ses partenaires du Réseau Outre-mer 1ère. Selon Catherine Smadja, ce créneau est largement occupé par TV5 monde.

Dessinant (sous cette forme actuelle), la fermeture probable de FranceÔ, la mission a annoncé que la période de transition pourrait être de deux ans voire cinq ans, avons nous entendu dans le débat : « On donnera un cahier des charges plus précis » pour que la transition se fasse normalement.

La mission qui se veut une mission de concertation, a ciblé les actions prioritaires :

1-Conforter les 1ères (les productions sur place)
2-Dans l’hexagone :
a) Montrer à la population que le service public est divers
b) Valoriser la population Outre-mer en France sur les chaînes généralistes.

Selon la mission « avoir le modèle FranceÔ comme alibi et s’y accrocher » pour défendre l’Outre-mer n’est pas une solution.

Claire Leproust a conclu la séance, en faisant remarquer à la délégation présente que « la tendance est une évolution à la baisse des chaînes linéaires » pour « rassembler vers les chaînes majeures ». Il est urgent d’avoir « une vision plus globale », car les « audiences de certaines chaines linéaires ont vieilli », il serait souhaitable de se tourner « vers la jeunesse et les moyens dont elle dispose (exemple YouTube), faire plus de proximité ».

Claire Leproust boucle le débat sur ce constat : « Si on ne raisonne que par les chaînes linéaires on enferme la liberté».

Cette rencontre à l’initiative de la guadeloupéenne Babette de Rozières aura eu le mérite de faire avancer sensiblement le débat sur l’avenir de FranceÔ. Désormais, la période de transition serait entre deux et cinq ans si la chaîne dédiée à l’outre-mer arrête de diffuser comme le pressent de nombreuses voix. Cette période de transfert, plus longue et annoncée ce mardi 10 juillet est « une victoire » selon l’élue parisienne, Babette de Rozières.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Images C’news Actus Dothy

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